Cours de chimie Organique - G. Dupuis - Lycée Faidherbe de Lille
Amines et composés apparentés
Introduction
Classe
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n |
2 |
1 |
0 |
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Classe |
primaire |
secondaire |
tertiaire |
On notera la différence entre la définition de la classe des amines et celle des alcools pour lesquels on s’intéresse aux atomes d’hydrogène liés à l’atome de carbone fonctionnel. La fonction amine recouvre un ensemble très étendu de composés. On distingue plusieurs séries :
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pyridine |
pipéridine |
Amines acycliques
Les amines acycliques forment des série homologues appartenant aux trois classes. Les amines et des diamines simples qui sont assez volatiles possèdent une odeur souvent nauséabonde. Celle de la triméthylamine rappelle le poisson pourri. La pentane-1,5-diamine qui se forme lors de la décomposition des protéines s'appelle vulgairement cadavérine.
Bases puriques et pyrimidiques
Les bases pyrimidiques et puriques, dérivées respectivement de la pyrimidine (I), de la purine (II), sont des constituants des acides nucléiques. L'adénine (III), intervient
dans la structure de l'ATP.
Alcaloïdes
Les molécules hétérocycliques, azotées, d'origine naturelle s'appellent alcaloïdes en raison de leurs propriétés basiques. Ils possèdent généralement une activité biologique marquée. Donnons quelques exemples d'alcaloïdes.
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La découverte des vertus thérapeutiques des dérivés du quinquina remonte au 17ème siècle. La légende veut que la comtesse de Chinchona, femme d'un Roi du Pérou, ait été guérie d'une fièvre (due à la malaria ?) grâce à des décoctions d'écorce de cet arbre. Le principe actif a été isolé par deux pharmaciens français en 1820, Pierre-Joseph Pelletier et Joseph-Bienaimé Caventou. En 1908, P. Rabe établit la formule brute correcte de la quinine : C20H24N2O2. En 1856, l'impétueux William Perkin, agé de seulement 18 ans, tente de synthétiser la quinine afin de soigner les combattants britanniques victimes de la malaria en Inde. Se fondant sur la formule brute de la quinine, il recherche des substrats susceptibles de l'engendrer. Considérant l'allyltoluidine comme un bon candidat, il envisage son oxydation selon :
2 C10H13N + O2 =
C20H24N2O2 + H2O
La première synthèse stéréosélective de la quinine a été publiée en 2001 par Gilbert Stork (Columbia University). La molécule possède quatre centres chiraux. Par exemple : la quinine et la quinidine sont des diastéréoisomères qui diffèrent par la configuration du centre chiral porteur du groupe OH. Notons que la quinine fait partie des molécules naturelles du fonds chiral (chiral pool en anglais). A ce titre, elle est utilisée, ainsi que ses dérivés, comme auxilliaire chiral dans plusieurs réactions énantiosélectives. La plus célèbre étant la dihydroxylation asymétrique de Sharpless. |
La première synthèse formelle de la quinine a été publiée en 1944 par R. B. Woodward et W. Doering. Elle conduisait en réalité à la quinotoxine. Mais Woodward et Doering se sont appuyés sur les travaux de Rabe et Kindler qui avaient montré en 1918 la possibilité de passer de la quinotoxine à la quinine en trois étapes. La faisabilité de cette synthèse a été l'objet de controverses, le point faible étant le travail antérieur de Rabe non reproduit par Woodward. Ce n'est qu'en 2006 que ce débat a été définitivement tranché [36].
Plusieurs synthèses totales de la quinine ont été publiées : Stork (2001), Jacobsen (2004), Kobayashi (2004). Les grandes lignes de ces synthèses sont données à la référence : [35].
Remarque : la quinine possède la propriété d'être fluorescente sous l'action d'un rayonnement UV de longueur d'onde voisine de 350 nm. La fluorescence s'effectue dans le visible aux alentours de 450 nm. Cette propriété permet son dosage [44].
Le professeur R. B. Woodward (Université de Harvard) est considéré comme l'un des chimistes organiciens les plus brillants du 20 ème siècle. Le prix Nobel de chimie lui a été attribué en 1965 pour l'ensemble de ses travaux de synthèse organique et notamment la synthèse totale de nombreux composés complexes d'origine naturelle. Parmi les nombreuses anecdotes qui émaillent la carrière de ce chimiste hors du commun, signalons simplement qu'il conçut les grandes lignes de la synthèse de la quinine alors qu'il était encore jeune élève au lycée. R. B. Woodward est décédé en 1979 [21], [25].
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La coniine est la 2-propylpipéridine. A. Ladenburg a séparé les deux énantiomères en 1886. La (S)-(-)-coniine est l'un des alcaloïdes de Cicuta naculata une ombellifère plus connue sous le nom de cigüe. On la trouve dans la nature le long des chemins. Ce poison était utilisé par les grecs pour exécuter les condamnés à mort. C'est après avoir absorbé une solution de cigüe que le philosophe Socrate, mourut en - 399 [17]. |
Quelques amines importantes industriellement
Méthylamine
La méthylamine est préparée par alkylation de l'ammoniac. La méthylamine est utilisée comme solvant et comme matière première dans la synthèse de colorants et d'insecticides.
Ethylamine
L'éthylamine est préparée industriellement par amination réductive de l'éthanal. On l'utilise comme solvant dans l'industrie du pétrole et en synthèse organique.
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C'est l'amine aromatique la plus importante. On l'obtient par réduction du nitrobenzène [6] par un métal en
milieu acide.
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Nomenclature
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propylamine |
3-méthyl-1-butylamine |
3-méthyl-1-phénylamine |
On distingue les molécules symétriques et celles qui ne le sont pas. Les composés symétriques sont nommés en faisant précéder le nom du groupe par un préfixe di, tri etc.
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diéthylamine |
diphénylamine |
Les composés non symétriques sont nommés comme des amines primaires substituées sur l'atome d'azote. Le groupe le plus long ou le plus complexe est choisi pour constituer le nom de l'amine primaire. Les autres, précédés de la lettre N, sont énoncés dans l'ordre alphabétique.
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N-méthyl-2-méthylpropylamine |
N, N-diméthylphénylamine |
La présence de l'atome d'azote est indiquée par le préfixe aza.
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azacyclohexane |
1-azacyclopenta-2,4-diène |
Beaucoup d'amines, notamment les amines hétérocycliques possèdent des noms usuels consacrés par l'usage : la phénylamine est appelée couramment aniline. Le 1-aza-cyclopenta-2,4-diène est appelé pyrrole.
On ajoute la terminaison amine au nom de l'alcane après avoir supprimé la lettre e.|
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hexan-3-amine |
hexane-1,6-diamine |
Lorsqu'il n'est pas prioritaire, le groupement NH2 est désigné par amino.
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3-aminopentan-2-ol |
acide 2-aminopropanoïque |
La pyridine et le pyrrole sont des amines hétérocycliques aromatiques citées dans le chapitre sur les composés aromatiques.
Propriétés physiques
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Composé |
M (g.mol-1) |
TE (°C) |
m (D) |
(20 °C, 1 bar) |
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CH 3CH2OH |
46 |
78,5 |
1,71 |
liq |
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CH 3CH2NH2 |
45 |
16,6 |
1,29 |
gaz |
Dans la plupart des cas, la structure n'est pas rigide. La barrière énergétique séparant les configurations est généralement faible et la fréquence d'interconversion est très élevée.

Les valeurs suivantes sont approximatives :
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E (kJ.mol-1) |
n (MHz) |
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30 |
103 |
La hauteur de la barrière d'interconversion peut être déterminée en utilisant la RMN lorsque la molécule possède des atomes d'hydrogène diastéréotopiques qui s'interconvertissent lors du phénomène d'inversion comme dans la dibenzylméthylamine.
L'inversion de l'azote peut être impossible pour des raisons structurales. Lorsque la molécule est chirale, les deux énantiomères peuvent être séparés. Le premier exemple de ce type concerne la base de Tröger. Le mélange racémique des deux énantiomères a été dédoublé par Prelog et Williams en 1944. Dans cette molécule, la présence d'un système bicyclique interdit la racémisation.
L'inversion peut quelquefois être assez lente pour que
les deux énantiomères puissent être identifiés, voire piégés, à condition d'opérer à une température suffisamment basse. On rencontre ce type de situation dans la famille des aziridines substituées à l'azote.
Les ions ammonium quaternaires peuvent être obtenus à partir des amines grâce à la réaction d'alkylation d'Hofmann. Les énantiomères peuvent être séparés et isolés.



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E R (kJ.mol-1) |
m (D) |
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172 |
1,56 |
On peut rendre compte de la structure électronique de l'aniline à partir des formes mésomères suivantes :
Spectroscopie
Spectroscopie infrarouge
La spectroscopie infrarouge constitue une méthode de choix pour l'identification des structures azotées. Les amines primaires et secondaires peuvent en général être distinguées car elles possèdent
des spectres assez caractéristiques.
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s (cm-1 ) |
3500 - 3400 |
1650 - 1550 |
1350 - 1250 |
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Vibration |
élongation N-H (doublet) |
déformation N-H |
élongation C-N |
Rappelons que chez les alcools la vibration d'élongation de la liaison O-H est :
s (O-H) = 3600 cm-1.
La fréquence d'absorption de la liaison C-N de l'aniline apparaît vers s (C-N) = 1300 cm-1 ce qui traduit un renforcement de la liaison dû à la
participation à la résonance du doublet de l'azote.
On observe un doublet chez les amines primaires qui est dû au couplage entre les deux vibrateurs N-H. Les vibrations peuvent être symétriques ou
non symétriques.
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s (cm-1 ) |
3400-3300 |
1600-1490 |
1350-1250 |
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Vibration |
élongation N-H (simple) |
déformation N-H |
élongation C-N |
On donne ci-dessous deux exemples de spectres.
Exemple 1 : spectre IR de la cyclohexylamine
Exemple 2 : spectre IR de la N-méthylaniline
Spectroscopie de RMN
Voici un tableau présentant les déplacements chimiques les plus importants du proton lié à l'azote. On a fait figurer
les amides dans le tableau à titre de comparaison.
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d (ppm) |
0 - 2 |
2 - 5 |
5 - 9 |
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Composé |
amines non aromatiques |
amines aromatiques |
amides |
Comme chez les alcools, le proton lié à l'azote est mobile. L'ajout de quelques gouttes d'eau lourde
entraîne le déplacement du pic correspondant.
Un moyen d'identifier les protons liés à l'azote consiste à enregistrer le spectre dans un solvant inerte puis en présence d'acide
trifluoroacétique qui protone l'amine. Le pic du proton lié à l'azote possède un déplacement chimique plus grand dans le cation
que dans l'amine.
Spectroscopie dans l'ultraviolet et le visible
La spectroscopie dans l'ultraviolet et le visible est surtout utile pour les amines aromatiques. Le spectre ci-dessous est celui de l'aniline.
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Composé |
bande E |
bande B |
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benzène |
203 nm (e = 7400) |
254 nm (e = 204) |
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aniline |
235 nm (e = 8600) |
285 nm (e = 1430) |
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ion anilinium |
203 nm (e = 7500) |
254 nm (e = 169) |
Le groupe -NH2 déplace le maximum d'absorption des bandes B et E du cycle aromatique vers les grandes longueurs d'onde (effet bathochrome) tandis que leur intensité est accrue (effet hyperchrome). Ces effets peuvent être attribués à la conjugaison entre le doublet de l'azote et le cycle. En revanche, l'ion anilinium dans lequel la résonance a disparu, possède
un spectre très comparable à celui du benzène.
Propriétés acido-basiques
Lorsque la conjugaison s'étend sur un plus grand nombre d'atomes comme dans les composés diazoïques, la longueur d'onde du maximum d'absorption peut se trouver dans le domaine visible. Le composé est coloré. L'hélianthine est un composé dont la couleur dépend de l'extension du système conjugué avec le pH.
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Composé |
PhNH 2 |
PyH |
NH 3 |
Me 3N |
MeNH2 |
Me 2NH |
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pK a |
4,6 |
5,2 |
9,2 |
9,8 |
10,6 |
10,7 |
Les amines acycliques sont plus basiques que l'ammoniac. Expérimentalement, on observe l'ordre suivant des basicités en solution aqueuse :
secondaires > primaires > tertiaires
Cet ordre est difficile à rationaliser car les écarts observés sont de faible amplitude. Plusieurs effets possédant le même ordre de grandeur se superposent : électroniques, stériques, et surtout solvatation.
L'aniline est 100 000 fois moins basique que la cyclohexylamine :
pKa (PhNH3+/PPhNH2) = 4,6. On interprète habituellement ce résultat par le fait que le doublet non liant est moins disponible dans une amine aromatique que dans une amine alicyclique du fait de la délocalisation électronique. Cependant, ici aussi, la solvatation joue un rôle déterminant.
Le cas des amines hétérocycliques aromatiques est plus complexe.
Les amines tertiaires ci-dessous sont fréquemment utilisées pour promouvoir des réactions d'élimination E2. Ce sont des bases encombrées, non nucléophiles ce qui permet de limiter les réactions de substitution. Dans DBN et DBU, l'un des atomes d'azote forme un système conjugué avec une cétimine ce qui renforce la basicité.
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1,5-diazabicyclo[4.3.0]non-5-ène (DBN) |
1,8-diazabicyclo[5.4.0]undec-7-ène (DBU) |
1,4-diazabicyclo[2.2.2]octane (DABCO) |
La transformation suivante, utilisée dans la synthèse de la cantharidine permet de passer d'un alcène à un diène. L'addition de dibrome sur la double liaison éthylénique est suivie d'une double réaction d'élimination E2.
L'image de gauche représente la molécule de N, N-diisopropyléthylamine en core appelée base de Hunig. Elle peut remplacer la triéthylamine comme capteur de protons dans de nombreuses applications. Elle présente en outre plusieurs avantages par rapport à cette dernière :
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Les propriétés basiques des amines se manifestent par la formation de composés ioniques avec l'acide picrique. Ces composés, facilement cristallisables, peuvent être purifiés aisèment. Ils servent à identifier les amines par repérage de leur température de fusion.
Amidures
Les amines primaires et secondaires sont des acides de Brönsted très faibles pKa > 30. Contrairement aux alcools qu'on peut déprotoner, en quantité certes très faible,
dans l'eau, la réaction n'est pas envisageable avec les amines. Les amines peuvent être déprotonées en milieu non aqueux par des bases très fortes telles que le butyllithium nBuLi.
On prépare ainsi plusieurs bases lithiées. Par exemple le diisopropylamidure de lithium (iPr)2N-Li+, noté traditionnellement LDA.

Les bases dérivées de l'hexaméthyldisiliazane sont fréquemment utilisées. Ce dernier peut être préparé en faisant réagir l'ammoniac avec le chlorure de triméthylsilyle.
Le tableau ci-dessous regoupe quelques bases usuelles. Les bases analogues sodiques et potassiques de LHMDS sont également utilisées lorsqu'on souhaite éviter la présence du cation lithium. Un exemple est fourni par la réaction de Wittig stéréosélective Z en présence d'ylures non stabilisés.
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LDA pK = 36 (solvant DMSO) |
LTMP pK = 37 (DMSO) |
LHMDS pK = 30 (DMSO) |
On utilise généralement le LDA à basse température, typiquement - 78 °C. Cette base possède plusieurs atouts :
Les bases fortes précédentes sont utilisées dans la préparation d'énolates cinétiques de composés carbonylés. Un exemple est fourni par la préparation de l'énolate cinétique d'une cétone a-méthylée avant son piégeage sous forme d'éther d'énol silylé.
Une autre méthode pour déprotoner les amines consiste à coupler la réaction acide-base avec la réduction de l'ion H+ grâce à un métal alcalin.
Signalons que le sodium se dissout dans l'éthylamine liquide pour donner des paires ions-électrons solvatés comme dans l'ammoniac liquide.
Complexation
Formation de complexes
Les amines forment de nombreux complexes avec les ions métalliques des éléments de transition. Les amines simples sont des ligands comparables à l'ammoniac. Une diamine comme l'éthylène diamine possède deux points d'ancrage. C'est un ligand bidenté (en anglais : bidentate).
L'augmentation très importante de la constante de stabilité observée quand on remplace l'ammoniac par l'éthylènediamine trouve son origine dans l'effet entropique. Dans la réaction de formation du premier complexe, le nombre de particules n'est pas modifié.
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Complexation des organométalliques
Les amines primaires et secondaires sont déprotonées quantitativement par les organomagnésiens et les organolithiens. Un exemple évoqué plus haut est la préparation de la base lithiée LDA. Les amines tertiaires sont
compatibles avec les organométalliques et sont parfois utilisées comme solvant de ces composés. La tétraméthyléthylènediamine (TMEDA) forme des complexes stables, solubles en milieu organique avec les organolithiens. La complexation du lithium accroit fortement la polarité de la liaison organométallique
et exalte le caractère de carbanion du lithien.
Cryptands
Les cryptands sont des macrohétérobicycles. On peut les considérer comme des structures prolongeant à trois dimensions celles des polyéthers macrocycliques de type couronne synthétisés par C. J. Pedersen en 1967. Ils sont capables de
former des complexes stables et sélectifs avec un certain nombre de cations alcalins et alcalino-terreux.
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L'image de gauche représente le cryptand [2,2,2] synthétisé par J.-M. Lehn et son équipe en 1969. Il forme des complexes 1-1 avec
des cations métalliques que Lehn a appelé cryptates du grec cryptos caché. La stabilité du complexe dépend de la nature du cation. |
L'étude des propriétés des complexes macrocycliques constitue un domaine en plein développement et ouvre la voie à une chimie dans laquelle la notion de reconnaissance joue un rôle déterminant et qu'on appelle chimie supramoléculaire [18].
Alkylation
Cependant HX étant un acide fort, il est dissocié en solution :
Il faut donc tenir compte des équilibres acido-basiques suivants :
Ces équilibres diminuent le rendement de la réaction en privant l'amine de son caractère nucléophile.
On peut s'affranchir de cette difficulté en utilisant une base peu nucléophile comme l'ion carbonate qui réagit avec les ions H+ formés.
Avec une amine tertiaire on obtient un halogénure d'ammonium quaternaire.
Intérêt et limitations de la réaction
L'alkylation directe des amines avec un dérivé halogéné ne constitue généralement pas une très bonne méthode synthétique car l'amine alkylée réagit à son tour avec le réactif. On obtient donc un mélange de produits qu'il faut ensuite séparer. Une méthode simple et douce d'alkylation des amines est l'amination réductive des aldéhydes et des cétones.
La perméthylation d'Hofmann ou méthylation exhaustive, consiste à utiliser l'iodométhane comme réactif. Avec ce substrat la réaction est facilitée par le caractère d'excellent nucléoguge de l'ion iodure. De plus il ne peut y avoir d'élimination. En présence d'un excès d'iodométhane, on obtient l'ion ammonium quaternaire.
La quantité de matière n d'iodométhane nécessaire pour atteindre l'ion ammonium permet de déterminer la classe de l'amine.
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n (mol) |
3 |
2 |
1 |
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Classe d'amine |
primaire |
secondaire |
tertiaire |
La diméthylaniline peut être préparée en utilisant deux moles d'iodométhane pour une mole d'aniline. Elle est utilisée en tant que base comme la pyridine.
La réaction ci-dessous est extraite de la synthèse de l'acide lysergique (Woodward, 1956 [45]). Elle permet l'introduction d'une chaîne latérale en a du groupe carbonyle après bromation régiosélective dans cette position.
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Substitution nucléophile aromatique
L'atome d'azote d'une amine primaire ou secondaire peut substituer un halogène porté par un cycle aromatique fortement désactivé selon un mécanisme d'addition-élimination.
Le 1-chloro-2,4-dinitrobenzène forme des dérivés facilement cristallisables permettant d'identifier les amines [6].
Réactions des ions ammonium quaternaires
Les amines étant d'assez mauvais nucléofuges (à corréler empiriquement à une basicité élevée) la réaction doit être effectuée en présence d'une base forte à chaud.
L'oxyde d'argent en suspension dans l'eau ou oxyde d'argent "humide", est très utilisé. Son rôle est double :
La régiosélectivité de l'élimination suit la règle d'Hofmann. Si deux composés éthyléniques peuvent se former, le composé majoritaire est celui qui possède la double liaison la moins substituée. Les résultats suivants concernent l’élimination d’Hofmann sur l’iodure de (1-méthylpropyl)-triméthylammonium. Les diastéréoisomères Z et E du but-2-ène sont très minoritaires par rapport au but-1-ène.
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Composé |
but-2-ène (Z et E) |
but-1-ène |
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% |
5 |
95 |
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Application de la réaction d'Hofmann à la détermination des structures
A l'époque où l'on ne disposait pas du puissant moyen d'analyse que constituent les méthodes spectrales, la détermination de la structure des molécules s'effectuait par voie chimique. L'élimination d'Hofmann a été mise à profit pour déterminer la structure de molécules complexes notamment des alcaloïdes. La nature des composés éthyléniques issus de l'élimination d'Hofmann peut être déduite de l'analyse
des produits de coupure par ozonolyse. Examinons un exemple. Soit à déterminer la position du groupe méthyle dans l'amine cyclique
ci-dessous qui est un dérivé de la pipéridine.
Application de la réaction d'Hofmann en synthèse Le méthylènecyclohexane peut aussi être obtenu par réaction de Wittig. L'exemple suivant concerne les deux dernières étapes de la synthèse du barrelène par H. E. Zimmerman (1960). La réaction a permis, à A. C. Cope en 1953 la préparation du (E)-cyclooctène [38]. Utilisation des ions ammonium quaternaires dans les réactions par transfert de phase La catalyse par transfert de phase a été découverte par le chimiste polonais M. Makosza en 1965. Elle consiste à réaliser une réaction dans un milieu diphasé organique / aqueux en présence d'un catalyseur
pouvant se partager entre les deux milieux, comme un ion ammonium quaternaire R4N+ un éther couronne ou un cryptand.
Cet ion peut véhiculer les anions en phase organique où ils acquièrent une plus grande réactivité. La réaction peut être réalisée à température assez basse sans utiliser de solvant dipolaire aprotique.
La réaction d'Hofmann est utilisée dans la synthèse de doubles liaisons éthyléniques.
Les ions ammonium quaternaires sont des amphiphiles. Ils comportent une
partie apolaire et une partie ionique. Cette structure originale leur permet d'être solubles en milieu aqueux sous forme ionique
et d'exister en milieu organique engagés dans des paires d'ions faiblement liés. Lorsqu'une réaction implique des espèces anioniques,
l'une des difficultés est de disposer d'anions suffisamment réactifs dans la phase organique. Une solution à ce problème consiste à véhiculer les
anions dans cette phase grâce à un contre-ion positif qui partage son affinité entre la phase aqueuse et la phase organique. Ces ions transporteurs
sont recyclés au fur et à mesure de la réaction, c'est pourquoi on parle de catalyse par transfert de phase.
Le schéma ci-dessous résume les principaux équilibres dans le cas d'une réaction de substitution :
Un site [14] est spécialement consacré à ce type de catalyse.
Il est possible de réaliser des synthèses énantiosélectives en utilisant des ions ammonium quaternaires chiraux comme le sel de cinchonidinium suivant obtenu à partir de l'alcaloïde cinchonidine
Acylation
Bilan
Il s'agit de la réaction entre une amine primaire ou secondaire et un agent acylant : halogénure d'acyle, anhydride d'acide, acide carboxylique. Elle fournit un amide.
On observe une réaction du même type avec l'ammoniac. La présence d'au moins un atome d'hydrogène sur l'azote est essentielle. C'est la raison pour laquelle les amines tertiaires ne peuvent être acylées.
Acides carboxyliques
La réaction entre une amine et un acide carboxylique engage l'essentiel des réactifs sous forme de sel d'aminium inerte vis à vis de la réaction d'acylation puisque cet ion a perdu tout caractère nucléophile.
La réaction n'est donc généralement pas utilisée sauf dans quelques cas particuliers. La synthèse du phtalimide s'apparente à la réaction précédente mais le composé azoté est l'ammoniac.
Ce composé est utilisé dans la synthèse de Gabriel des amines primaires.
Chlorures d'acyles et anhydrides
La réaction entre une amine primaire ou secondaire et un chlorure d'acyle ou un anhydride permet la préparation des amides. La méthode la plus ancienne est celle de Schotten-Baumann. La réaction est effectuée en milieu aqueux avec une solution diluée d'ions hydroxyde OH- dont le rôle est de neutraliser l'acide formé. L'amine est suffisamment nucléophile
pour que la réaction concurrente des ions hydroxyde vis à vis de l'halogénure d'acyle soit négligeable.
Les amines aromatiques subissent la même réaction :
l'acétanilide est un solide incolore de point de fusion 114 °C, [4].
Plus récemment W. Steglich et L. M. Litvinenko ont introduit la diméthylaminopyridine (DMAP) qui s'est révélé un catalyseur extrêmement efficace dans ce genre de réactions [22].
Mécanisme dans le cas des halogénures d'acyles
Il s'agit d'un mécanisme par addition-fragmentation. La réaction ressemble à celle vue avec les alcools. L'étape cinétiquement déterminante est la formation de l'intermédiaire tétraédrique.
Ce dernier subit une fragmentation quasiment non renversable avec départ de l'ion halogénure.
Le rôle de la pyridine est double :





Notons que l'acylation des amines tertiaires s'arrête au stade de l'ion acylaminium intermédiaire car il n'y a pas d’atome d’hydrogène sur l'azote. Les deux étapes sont alors équilibrées. En présence d'un excès d'eau, l'ion redonne l'amine et l'acide carboxylique parent du chlorure d'acyle.
Catalyse par la DMAP
La N, N-diméthylaminopyridine (DMAP), est utilisée pour accélérer les réactions d'acylation des alcools et des phénols ainsi que dans certaines hydrolyses. Il s'agit d'un catalyseur très efficace même dans les réactions intramoléculaires difficiles comme les macrolactonisations et les macrolactamisations. La DMAP est également utilisée comme
catalyseur de la réaction de Baylis-Hillman.
A la température ordinaire la DMAP se présente sous la forme d'un solide blanc, fondant à 111,6 °C. Il s'agit d'un composé toxique, à manipuler avec précautions. La DMAP est largement utilisée au laboratoire et en synthèse comme catalyseur nucléophile. |
Il s'agit d'une catalyse nucléophile dont le principe est le même qu'avec la pyridine. La plus grande efficacité de la DMAP par rapport à cette dernière, peut être interprétée par le fait que l'azote pyridinique possède une charge négative élevée comme en
témoignent les formes mésomères suivantes :

Le mécanisme de catalyse par la DMAP est donné ci-dessous.



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Des dérivés chiraux de la DMAP utilisant un groupement ferrocénique ont été préparés très récemment [31]. Ils servent de catalyseurs dans différents types de transformations :
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Protection régénération
Les amides peuvent être hydrolysés en milieu acide ou en milieu basique dans des conditions assez dures. La transformation d'un groupe amino en groupe acétamido constitue un moyen de protection du groupe amino.
Exemple : la synthèse de l'acide amino-3-benzoïque peut être effectuée par oxydation du groupe méthyle de la 3-méthylaniline mais les amines aromatiques étant très sensibles à l'oxydation, la réaction directe est impraticable. Il faut au préalable effectuer la protection du groupe amino :
Synthèse du Nylon 6-6
Le Nylon 6-6 est un polyamide artificiel. Sa synthèse a été réalisée par le chimiste américain W. H. Carothers (du Pont de Nemours).
Dans l'industrie, on le prépare par réaction entre l'acide hexanedioïque (acide adipique) et le diamino-1,6-hexane (hexaméthylène diamine) à 280 °C.
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Synthèse de Bischler-Napieralski
L'acylation de la b-phényléthylamine par un chlorure d'acyle est la première étape d'une réaction permettant de préparer les quinolidines substituées connue sous le nom de réaction de Bischler-Napieralski. Il s'agit d'une synthèse mettant en jeu plusieurs étapes qui possède plusieurs points communs avec la réaction de Vilsmeier-Haack.








La réaction de Bischler-Napieralski a été appliquée avec succès à la synthèse de la papavérine alcaloïde quinolidinique extrait du pavot (papaver somniferum). Ce composé est utilisée en médecine comme antispasmodique.
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Lorsqu'on incise les capsules de pavot somnifère (papaver somniferum), celles-ci exsudent un liquide laiteux. Après séchage, il conduit à une résine brune qui constitue l'opium. L'opium contient de nombreux alcaloïdes : codéine, papavérine, laudanosine, morphine. La morphine (du grec Morphée : Dieu du sommeil) est l'alcaloïde le plus important de l'opium qui en contient jusqu'à 23 %. Isolée par F. Sertüner, sa structure a été établie en 1925 par J. M. Gulland, R. Robinson et C. Schöpf. Il s'agit de l'un des antalgiques les plus puissants connus. |
Le schéma de la synthèse est donné ci-dessous.


Sulfonylation
Bilan
La réaction entre un halogénure d'acide sulfonique et une amine primaire ou secondaire fournit une sulfonamide.
Les sulfonamides issus d'amines primaires possèdent un atome d'hydrogène mobile. Elles réagissent en milieu basique pour donner un composé ionique soluble en milieu aqueux.
Cette réaction est à la base du test de qui permet la distinction des trois classes d'amines.
Test de Hinsberg
Ce test est basé sur la solubilité de la sulfonamide quand elle existe en milieu basique. Un mode opératoire pour la réalisation de ce test est détaillé à la référence [3]. Les
résultats sont résumés dans le tableau ci-dessous.
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Classe de l’amine |
primaire |
secondaire |
tertiaire |
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Solubilité sulfonamide |
oui |
non |
pas de sulfonamide |
Réactions avec les composés carbonylés
Imines
Synthèse des imines et des ions iminium
Les amino-alcools se déshydratent facilement en milieu acide pour donner des imines encore appelées bases de Schiff en souvenir du chimiste d'origine allemande Ugo Schiff qui les a étudiées [64].
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La réaction de déshydratation est favorisée lorsque le composé obtenu est fortement conjugué comme dans la synthèse de la diphénylquinoxaline D [6].
Les amines secondaires donnent des ions iminium.
Benzodiazépines
Les benzodiazépines sont des composés psychoactifs, anxiolytiques et hypnotiques. Elles sont utilisés notamment en anesthésie. L'analyse rétrosynthétique des benzodiazépines [1,4] montre qu'on peut les obtenir en créant une imine et un amide.
L'amidification est souvent réalisée en utilisant l'aminolyse d'un ester comme le glycinate de méthyle. L'étape de cyclisation est la formation de l'imine. L'exemple ci-dessous constitue une étape de la synthèse du diazepam.
Les autres benzodiazépines [1,4] sont obtenues à partir d'amino-benzophénone judicieusement substituées.
Ligand salen, complexes de Jacobsen
La synthèse du composé salen-H2 constitue un autre exemple de réaction de ce type. Cette imine joue le rôle de ligand vis à vis du cobalt (II) dans un complexe capable de fixer le dioxygène de façon réversible.
Réduction des imines
La formation d'une imine suivie de son hydrogénation in situ, constitue une méthode d'alkylation douce des amines appelée amination réductive.
Lorsque la réaction est effectuée en utilisant l'ammoniac comme composé azoté, il s'agit d'une synthèse d'amine primaire à partir d'un composé carbonylé.
Un excellent réactif permettant la réduction des imines est NaCNBH3. Utilisé à pH 6-7, il ne réduit pas le groupe carbonyle des aldéhydes et des cétones, ce qui permet l'amination réductive [40]. En revanche, ce réactif réduit les carbonylés à pH 3-4. Le contrôle du pH est donc crucial dans cette réaction.
Addition des organométalliques
L'addition d'un organomagnésien sur une imine substituée suivie d'une hydrolyse de l'adduit constitue une méthode de
synthèse d'amines secondaires.
Réaction d'Eischweiler-Clark
Il s'agit d'une méthylation des amines primaires et secondaires au moyen du mélange méthanal-acide méthanoïque (acide formique). La réaction procède en deux
étapes. Raisonnons dans le cas d'une amine secondaire.

Finalement l'amine de départ a été méthylée sur l'atome d'azote.
Réaction de Mannich
La réaction de Mannich consiste en l'addition d'un atome de carbone nucléophile sur un ion ion iminium formé in situ. Le réactif nucléophile est l'énol d'un composé carbonylé ou d'un phénol. La réaction est facilitée lorsque l'ion iminium
est issu de la condensation entre le méthanal et une amine primaire ou secondaire car dans ce cas l'atome de carbone du réactif
est très électrophile.
Le schéma rétrosynthétique est le suivant :
Examinons un exemple : la suite des réactions est la suivante :
La réaction précédente est donc particulièrement utile pour la préparation de ce type de composés qui constituent des substrats
de départ dans plusieurs synthèses.
La réaction de Mannich a été utilisée dans de nombreuses synthèses de composés appartenant à la famille des alcaloïdes. L'exemple suivant est une étape de la synthèse de la strychnine par R. B. Woodward.
Application de la réaction de Mannich à la synthèse de la tropinone
La tropinone est une molécule bicyclique dont on retrouve le squelette dans de nombreux alcaloïdes. On peut
l'obtenir par dégradation de l'atropine présente à l'état naturel dans la belladone.
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L'hyosciamine est l'un des principaux alcaloïdes d'une plante herbacée appelée atropa belladonna (Belladone). Ses décoctions possèdent la propriété de dilater la pupille de l'oeil. Elles étaient utilisées au XVIII ème siècle par les femmes italiennes pour augmenter la profondeur de leur regard. Le nom de Belladone vient de bella donna qui signifie jolie femme en italien. Le mélange racémique de l'hysociamine et de son énantiomère est appelé atropine. Il est utilisé comme antidote de certains gaz de combat car il agit comme inhibiteur des récepteurs parasympathiques. Son mécanisme d'action s'explique par sa fixation sur les récepteurs de l'acétylcholine dans le système nerveux central et périphérique. C'est le médicament de référence contre le malaise vagal. |

Le mécanisme de la réaction est donné ci-desssous :
La réaction entre le succinaldéhyde et la méthylamine fournit un aminoalcool qui se cyclise spontanément.


L'énol du diacide réagit sur l'ion iminium.



Suivi d'une deuxième réaction de Mannich.

Le b-céto acide formé subit une décarboxylation thermique.
Enamines
Origine
Les énamines peuvent être considérées comme les analogues azotés des énols et des éthers d'énols. Les énamines possédant un atome d'hydrogène sur l'azote (énamines primaires et secondaires) sont peu stables et se réarrangent en imines. L'équilibre entre énamine (I) et imine (II) constitue un exemple de tautomérie comparable à la tautomérie céto-énolique.
L'exemple ci-dessous concerne une énamine primaire.
Synthèse des énamines
On prépare les énamines par réaction entre une amine secondaire et un composé carbonylé possédant un atome d'hydrogène sur l'atome de carbone en a du carbonyle en présence d'un catalyseur comme l'APTS. Le mécanisme suivant concerne la synthèse d'une énamine
tertiaire en présence d'un catalyseur noté BH+.
Les énamines sont des intermédiaires très utilisés en synthèse organique. Comme le montrent les formes mésomères ci-dessous, une charge négative peut se développer sur l'atome de carbone situé en b de l'azote.
Les énamines sont des nucléophiles qui peuvent réagir avec des substrats électrophiles acylant ou alkylant.
Acylation
La réaction entre une énamine et un agent acylant assez réactif comme un chlorure d'acyle permet la synthèse de systèmes dicarbonylés 1, 3. Un mode opératoire
de la réaction suivante se trouve à la référence [12].
Régiosélectivité
La réaction entre la méthylcyclohexanone et la pyrrolidine fournit l'énamine possédant la liaison double la moins substituée (A) à l'exclusion de son isomère (B). La régiosélectivité de l'élimination est donc opposée à celle qu'on aurait si la règle de Zaytsev était suivie.
Nitrosation
On peut donner une description de l'ion NO
+ en utilisant la méthode de la mésomérie. Elle met en évidence l’azote électrophile.
La nature du produit obtenu dépend de la classe de l'amine.
Amines secondaires
On obtient une N-nitrosoamine.
Les N-nitrosoamines sont des composés cancérigènes. Un exemple de synthèse est celui de la diphénylnitrosamine [6].
Avec une amine non aromatique, l'ion diazonium n'est pas stable. Sa décomposition spontanée fournit un dégagement de diazote, molécule très stable et qui est un excellent nucléofuge. Le carbocation obtenu, très réactif, peut évoluer de nombreuses façons ce qui conduit à un mélange complexe de produits de substitution et d'élimination.
Le tableau ci-dessous regroupe les différents composés issus de la désamination nitreuse de la butylamine.
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butan-1-ol |
butan-2-ol |
1-chlorobutane |
2-chlorobutane |
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25 % |
13 % |
5 % |
3 % |
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but-1-ène |
but-2-ène (Z et E) |
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26 |
10 |
(la somme des pourcentages n’est pas égale à 100 car il se forme des traces d’autres composés).
La réaction de désamination nitreuse peut être mise à profit pour réaliser des agrandissements de cycles grâce à des transpositions de carbocations (réaction de Demyanov).
Lors de la désamination il y a migration de la branche du cycle en position anti par rapport à la liaison C-N qui se rompt.
Le mécanisme est le suivant.
On peut rendre compte de la relative stabilité des ions diazonium en utilisant la méthode de la mésomérie.
Les ions diazonium aromatiques donnent de nombreuses réactions intéressantes sur le plan synthétique.
Réaction des ions diazonium aromatiques
Couplage diazoïque
Les ions diazonium réagissent comme électrophiles dans la réaction de substitution aromatique.
Le couplage peut être intramoléculaire. Le benzotriazole peut être préparé par la réaction suivante [6] :
Réduction
On utilise un réducteur comme EtOH ou H3PO2.
La réaction constitue une méthode de désamination des cycles aromatiques. Elle peut être très utile afin d'éliminer un groupe amino dont on a utilisé temporairement le caractère activant et orienteur. L'exemple de la synthèse du 1,3,5-tribromobenzène [6] témoigne de cette façon de procéder :

Substitution nucléophiles Il s’agit d’une méthode d’iodation des cycles aromatiques. Rappelons que l’iodation d'un cycle aromatique par substitution électrophile n'est pas facilement réalisable(il faut utiliser un mélange de diiode et d'acide nitrique afin de former une petite quantité d'iode cationique.)
Il constitue un point de départ dans la synthèse du réactif de Dess-Martin, un composé permettant l'oxydation d'un alcool en composé carbonylé.
L'iodation d'un cycle aromatique intervient également dans la synthèse de la thyroxine.
Le cation aryldiazonium intermédiaire se décompose pour donner un cation aryle et du diazote, petite molécule très stable, qui constitue l'un des meilleurs nucléofuges connus. C'est l'étape cinétiquement déterminante de la réaction.
Le cation aryle extrêmement réactif réagit avec tout nucléophile présent dans le milieu réactionnel.
Couplage radicalaire, réaction de Sandmeyer
La réaction est comparable aux précédentes. L'halogénure est remplacé par du cyanure de cuivre (I) CuCN. on prépare ainsi le benzonitrile.
Elimination-décarboxylation
La diazotation de l'acide anthranilique suivie d'une élimination de N2 et de CO2 constitue une méthode douce de
préparation du benzyne.
Substitution électrophile sur les amines aromatiques
Activation, régiosélectivité
L'aniline réagit beaucoup plus vite que le benzène dans les réactions de substitutions électrophiles.
Le groupe -NH2 est activant et oriente en ortho-para.
Bromation
La bromation de l'aniline peut s'effectuer très facilement. Le groupe amino est tellement activant qu'il suffit de mélanger l'aniline et une solution aqueuse de brome, pour obtenir immédiatement un précipité blanc de tribromoaniline.
On peut réaliser une monobromation indirecte du cycle en préparant au préalable la N-phényléthanamide (acétanilide). Puisque le groupe acétamido est moins activant et plus encombrant que le groupe amino obtient la parabromoacétanilide (pF = 167 °C) dont l'hydrolyse fournit le composé recherché.
Nitration
La nitration directe de l'aniline est impossible car l'acide nitrique oxyde le groupe amino. Pour s'affranchir de cette difficulté, on utilise un groupe protecteur.
Réaction des amines tertiaires aromatiques avec l'acide nitreux
Avec les amines tertiaires aromatiques, l'acide nitreux en milieu acide conduit à une substitution électrophile sur le cycle. L'entité électrophile est l'ion nitrosonium :

Comme on l'a vu plus haut, la structure de l'ion NO
+ peut être décrite par méthode de la mésomérie. Elle met en évidence l’azote électrophile.


Formylation de Vilsmeier-Haack
La réaction de Vilsmeier-Haack constitue une méthode de formylation des amines aromatiques N, N-disubstituées et de certains hétérocycles comme le pyrrole. On peut la regarder comme une extension de la réaction de Mannich.
La préparation du réactif de Vilsmeier est donnée ci-dessous.
La force motrice de la réaction est la formation d'une liaison P-O de grande énergie de liaison.
L'ion iminium n'est pas un électrophile très puissant. La réaction a lieu essentiellement avec les composés aromatiques activés.
Oxydation des amines
Oxydation des amines tertiaires
Les amines sont des composés assez sensibles à l'oxydation. Les produits de réaction dépendent de la classe de l'amine et de la nature de l'oxydant utilisé. La réaction la plus importante concerne les amines tertiaires. Les oxydants utilisés sont le mCPBA, peroxyde d'hydrogène ou encore l'acide peroxymonosulfurique (acide de Caro).

Réaction de Polonovski
La réaction de Polonovski (Max et Michel Polonovski 1927) met en jeu un oxyde d'amine et un anhydride d'acide comme l'anhydride acétique. Le produit de la réaction est un amide N,N-disubstitué et un aldéhyde (le méthanal si l'oxyde d'amine de départ comporte un substituant méthyle).


L'oxyde d'amine réagit suivant un mécanisme d'addition-élimination sur le dérivé d'anhydride d'acide.






La réaction a été modifiée par le chimiste français Pierre Potier (CNRS, Institut de Chimie des Substances Naturelles de Gif) qui a remplacé l'anhydride acétique par l'anhydride trifluoroacétique. Il l'a ensuite mise à profit pour modifier le squelette de molécules appartenant à la famille des alcaloïdes [37].
Application de la réaction de Polonovski-Potier à l'hémisynthèse de la vinorelbine
"La chimie est à la biologie ce que le solfège est à la musique" Pierre Potier.
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La vinorelbine (commercialisée sous le nom de Navelbine®) est un médicament utilisé en chimiothérapie anticancéreuse. Sa synthèse s'effectue à partir de deux molécules extraites de la pervenche de Madagascar (Canthareus roseus) : la catharanthine et la vindoline. Le couplage chimique de ces sous-unités conduit dans un premier temps à l'anhydrovimblastine qui est ensuite transformée en vinorelbine par une suite de réactions dont l'étape clé est la réaction de Polonovski-Potier. Il faut extraire environ 20 tonnes de feuilles séchées pour produire 1 kilogramme du médicament [42]. |

Les différentes étapes de la transformation sont résumées ci-dessous. Le substrat de départ comporte un cycle à 9 chainons tandis que dans la molécule cible, le cycle correspondant n'en comporte que 8.
Réaction entre l'oxyde d'amine et l'anhydride d'acide.

Clivage de la liaison carbone-carbone avec formation d'un ion iminium. La réaction est facilitée par le départ de F3CO2-. Notons que l'atome d'azote quinolique participe au mécanisme.

L'hydrolyse de l'ion iminium conduit à l'amine et au méthanal.

L'addition nucléophile de l'azote sur la double liaison conjuguée permet la cyclisation.

Comme on le voit, la transformation permet de passer d'un hétrocycle de 9 chainons à un hétérocycle à 8 chainons.
Elimination de Cope des oxydes d'amines
L'une des réactions importante des oxydes d'amines est l'élimination de Cope qui conduit aux composés éthyléniques. Il s'agit d'une b-élimination.
L'atome d'oxygène de l'oxyde joue le rôle de base tandis que l'atome d'azote positif est le nucléofuge. La réaction possède l'avantage d'être stéréospécifique de stéréochimie syn. L'exemple suivant concerne la préparation
du méthylènecyclohexane [24].
La pyrolyse des esters et celle des xanthogénates sont des réactions d'élimination syn qui conduisent également à des composés éthyléniques.
Oxydation de l'aniline
L'oxydation de l'aniline dépend de l'agent oxydant utilisé :
Bibliographie
[1] Manuel d'expériences de chimie - UNESCO Société chimique de France - Université de Montpellier. [13] The molecule of the month
[2] P. Rendle, M. V. Vokins, P. Davis, Experimental Chemistry (Edward Arnold).
[3] L. F. Fieser, K. L. Williamson - Organic Experiments (D. C. Heath and Company).
[4] R. Adams, J. R. Johnson, C. F. Wilcox - Laboratory Experiments in Organic Chemistry (The Macmillan Company, Collier-Macmillan Limited).
[5] G. K. Helmkamp, H. W. Johnson Jr, Selected Experiments in Organic Chemistry (W. H. Freeman and Co).
[6] Vogel's Textbook of Practical Organic Chemistry (Longman).
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[8] R. Q. Brewster, C. A. Van der Werf, W. E. Mc Ewen, Unitized Experiments in Organic Chemistry (D. Van Nostrand Company).
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[12] S. Hünig, E. Lücke, W. Brenninger, Organic Syntheses, V, p 533.
[14] Phase Transfer Catalysis home page.
[15] Tétrodotoxin by J. Johnson - Florida State University
[16] La belladone
[17] Hemlock poison
[18] mettre lien sur chimie supramoléculaire
[19] Mauveine by H. Rzepa
[20] Adrénaline
[21] R. B. Woodward - The Nobel Prize in chemistry 1965
[22] Catalysis by 4-dialkylaminopyridines by D. J. Berry and coll
[23] Preparation of trancyclooctene by Arthur C. Cope and Robert D. Bach, Massachusetts Institute of Technology, Cambridge 39, Massachusetts
[24] Preparation of methylenecyclohexane by Arthur C. Cope and Engelbert Ciganek, Massachusetts Institute of Technology, Cambridge 39, Massachusetts
[25] R. B. Woodward speaking on cephalosphorin C
[26] R. B. Woodward by James B. Hendrickson, who is Professor of Chemistry at Brandeis University, Waltham, Massachusetts
[27] R. Willstätter, The Nobel Prize in Chemistry 1915
[28] R. Robinson, The Nobel Prize in Chemistry 1947
[29] 1-Morpholino-1-cyclohexene by Hünig, E. Lücke, and W. Brenninger
[30] KHMDS
[31] The Fu research Group
[32] Hunig's base
[33] Synthèses de médicaments anticancéreux
[34] Rearrangement du squelette de la catharanthine
[35] Synthetic approaches to quinine
[36] Quinine, Definately
[37] Pierre Potier, médaille d'or du CNRS
[38] trans-Cyclooctene by Arthur C. Cope and Robert D. Bach
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[43] Robinson, R.
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[44] Quinine : extraction, caractérisation, utilisation, Laibe-Darbour, Florence ; Aronica, Christophe
Bulletin de l'Union des Physiciens, mars 2009, N° 912 p. 311-320
[45] Edmund C. Kornfeld, E.J. Fornefeld, G. Bruce Kline, Marjorie J. Mann, Dwight E. Morrison, Reuben G. Jones and R.B. Woodward.
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Texte, dessins, photographies : Gérard Dupuis - Lycée Faidherbe de LILLE
juin 2009