Cours de chimie Organique - G. Dupuis - Lycée Faidherbe de Lille
Les outils du raisonnement en chimie organique
(travail en cours)
Orbitales moléculaires
Introduction
Théorie des orbitales moléculaires

ces orbitales moléculaires ji sont normées ; la condition de normalisation s'écrit :






on en déduit une valeur optimisée de l'énergie Ei de chaque orbitale moléculaire ji :


Méthode de Hückel Ces approximations sont résumées, avec les notations usuelles, dans le tableau ci-dessous : Hmm Hmn Hmn Smn a b (atomes liés) 0 dmn L'approximation la plus radicale de la méthode (HMO) consiste à négliger l'intégrale de recouvrement entre les atomes liés. Notons que le recouvrement est pris en compte dans la méthode de Hückel étendue (EHMO). Il est important de se rappeler que les intégrales a et b sont toutes les deux négatives. Dans le cadre de l'approximation précédente,
le système des équations s'écrit : ce système homogène possède des solutions nulles comme solutions triviales. Il possèdera des solutions autres que nulles à condition que :
Cette approximation de la théorie des orbitales moléculaires a été introduite par le théoricien allemand E. Hückel en 1931. Elle est connue sous le nom de méthode HMO (Hückel Molecular Orbital). La méthode n'est utilisable en toute rigueur que pour les molécules planes car la notion d'orbitale moléculaire de type p ne possède un sens précis que dans ce cas. D'autre part on s'intéresse uniquement au système des électrons p en partant de l'idée que les orbitales s ont une énergie beaucoup plus basse que celle des orbitales p. On admet alors, en première approximation, que les électrons p se déplacent dans un champ moyen créé par les noyaux et les électrons s du squelette non polarisable de la molécule.
Dans ce qui suit on notera cm les orbitales p des atomes de carbone du squelette, qui sont perpendiculaires au plan de la molécule.
Les approximations de Hückel consistent à poser :

![]()
Les inconnues Ei n'apparaissent que dans la diagonale principale du déterminant.
La condition de normalisation se réduit à :


Le système d'équations relatif à une orbitale moléculaire ji s'écrit :
Le tableau suivant regroupe les valeurs numériques des coefficients :
|
Energie |
Ci1 |
Ci2 |
|
E1 = a + b |
0,707 |
0,707 |
|
E2 = a - b |
0,707 |
-0,707 |
Les orbitales moléculaires p et p* ont respectivement pour expression :
Le schéma ci-dessous représente ces om ainsi que leur énergie.

Dans la méthode HMO, les intégrales de recouvrement entre atomes différents sont toutes nulles. Pour caractériser la population de recouvrement, C. A. Coulson a proposé d'introduire la notion d'indice de liaison p :

ni est le nombre d'électrons décrit par l'orbitale ji. La somme est étendue aux M orbitales occupées. Dans le cas de l'éthène, on obtient :
cela est bien en accord avec un ordre de liaison total égal à deux pour la molécule.
Méthode de Hückel étendue K est un paramètre ajustable qui permet de mettre en conformité valeurs expérimentales et valeurs calculées. En général, la valeur prise est : K = 1,75. Les orbitales moléculaires p et p* ont respectivement pour expression : Le schéma ci-dessous représente ces om ainsi que leur énergie. Les différentes formes mésomères ne possèdent pas la même importance dans la description de la molécule réelle. On peut classer ces formes selon leur poids statistique de la
manière suivante. Les formes qui contribuent le plus à la structure réelle sont celles qui :
Désignons par r et s les atomes qui interagissent lors de l'approche des réactifs R et S avec formation d'un adduit RS. La méthode des perturbations appliquée au système en début de réaction permet de calculer la différence d'énergie entre RS et R + S :
Cette méthode a été proposée par R. Hoffman. Elle est basée sur les approximations suivantes :
![]()



Dans ce qui suit, on désignera par HO, la plus haute orbitale moléculaire occupée (en énergie) de l'un des réactifs et par BV la plus basse orbitale moléculaire vacante de l'autre. En anglais, ces orbitales sont notées respectivement HOMO (highest occupied molecular orbital) et LUMO (lowest unoccupied molecular orbital).



qr, qs : charges des atomes r et s respectivement ;
G : terme de répulsion coulombienne (dépend de la distance entre les charges) ;
e : constante diélectrique du milieu ;
D Esolv : énergie de solvatation ;
Crm, Csn : coefficients pour l'atome r (resp s) dans l'orbitale moléculaire m (resp n) ;
b : intégrale d'échange (intégrale de résonance) décrivant la formation d'une liaison de covalence entre r et s dans l'état de transition ;
Em : énergie de la plus haute orbitale occupée du donneur (HO) ;
En : énergie de la plus basse orbitale vacante de l'accepteur (BV).
Les deux premiers termes traduisent une interaction entre les charges des particules réagissantes tandis que le deuxième terme correspond à l'interaction entre les orbitales frontières du donneur et de l'accepteur.
On peut distinguer deux situations limites :

La méthode des orbitales frontières permet d'aborder et de résoudre un certain nombre de problèmes parmi lesquels :

Exemple de la molécule d'éthène
|
|
Les orbitales frontières de la molécule d'éthène :
|

Plaçons côte à côte les orbitales frontières des molécules susceptibles d'interagir entre-elles.



Par irradiation, un des électrons de la molécule A peut être promu à un niveau d'énergie supérieur (HO*).

L'interaction entre HO* d'une molécule (A) et BV de l'autre molécule (B) devient possible.

Autre exemple étudié dans le chapitre sur les systèmes conjugués : la cycloaddition entre l'éthylène et le buta-1,3-diène ou réaction de Diels-Alder est permise par voie thermique.
Hyperconjugaison
L'hyperconjugaison consiste en l'interaction entre un nuage électronique de symétrie s et un système de type p ou p.
Examinons à titre d'exemple l'interaction entre des électrons d'une liaison s (C-H) et une orbitale p vide. En termes d'orbitales moléculaires, le phénomène peut être décrit par le diagramme suivant.

On peut montrer que l'énergie de stabilisation Es est proportionnelle à l'intégrale de recouvrement S et inversement proportionnelle à l'écart d'énergie DE entre les niveaux impliqués.

Plusieurs phénomènes s'interprètent en termes d'hyperconjugaison :

|
H : 2,1 |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
|
Li : 0,98 |
Be : 1,57 |
B : 2,04 |
C : 2,55 |
N : 3,04 |
O : 3,44 |
F : 3,98 |
|
Na : 0,93 |
Mg : 1,31 |
Al : 1,61 |
Si : 1,90 |
P : 2,19 |
S : 2,58 |
Cl : 3,16 |
|
K : 0,82 |
Ca : 1,00 |
Ga : 2,01 |
Ge : 2,01 |
As : 2,18 |
Se : 2,55 |
Br : 2,96 |
|
Rb : 0,82 |
Sr : 0,95 |
In : 1,78 |
Sn : 1,96 |
Sb : 2,05 |
- |
I : 2,66 |
Il est commode d'étendre la notion d'électronégativité à celle de groupes d'atomes.
|
Groupe |
H |
CH3 |
C2H5 |
NH2 |
CCl3 |
Ph |
CN |
OH |
NO2 |
|
Electronégativité (Pauling) |
2,1 |
2,3 |
2,3 |
2,8 |
3,0 |
3,0 |
3,3 |
3,4 |
3,4 |
|
|
tétragonal |
trigonal |
digonal |
|
Electronégativité (Pauling) |
2,48 |
2,75 |
3,30 |
Moment dipolaire
Le moment dipolaire m d'un composé est une grandeur physique qui peut être mesuré expérimentalement à partir de la permittivité relative de la substance er , et de la densité. Le moment dipolaire m trouve son origine dans l'existence de liaisons partiellement polarisées dans la molécule. Dans la molécule de chlorométhane
représentée ci-dessous, la polarisation de la liaison C-Cl s'interprète par la différence d'électronégativité entre les atomes C et Cl. Les liaisons C-H, ne sont pratiquement pas polarisées. La liaison C-Cl se comporte comme un petit dipôle
et il est commode de considérer que les atomes C et Cl ont acquis respectivement une charge q = d e et -q = -d e. On représente en général les charges partielles en unité atomique sur les atomes constituant la liaison : d + et d - respectivement. Conformément aux conventions
le moment dipolaire est représenté par un vecteur orienté de la charge négative vers la charge positive.


Moments dipolaires de quelques liaisons simples (D)
|
Liaison |
C-H |
Cl-C |
I-C |
N-C |
O-C |
F-H |
I-H |
|
m (D) |
0,4 |
1,46 |
1,19 |
0,22 |
0,74 |
1,82 |
0,44 |
|
Composé |
![]() |
![]() |
![]() |
|
m (D) |
0 |
1,3 |
1,9 |
Polarisabilité
On appelle polarisabilité la propriété physique associée à la création dans une molécule, d'un moment dipolaire induit mi sous l'action du champ extérieur. La polarisabilité est un phénomène dynamique. Le moment dipolaire
induit s'annule lorsque la cause qui lui a donné naissance a disparu.
Désignons par E*, le champ ressenti par la molécule dans le milieu où elle se trouve (champ électrique augmenté du champ local de Lorentz [17]).
|
Composé |
C-Cl |
C-Br |
C-I |
|
Longueur C-X (pm) |
178 |
193 |
214 |
|
Moment dipolaire m (D) |
1,94 |
1,79 |
1,64 |
|
Polarisabilité relative |
1 |
1,4 |
2,2 |
Effet inductif
La polarisation d'une liaison est due à la différence d'électronégativité des atomes liés. Elle se caractérise notamment par l'existence d'un dipôle permanent. Ce dipôle peut induire à son tour une polarisation dans une liaison adjacente polarisable.
La transmission de la polarisation à travers des liaisons s par le mécanisme précédent s'appelle "effet inductif".
Les effets inductifs peuvent être classés en deux catégories selon la valeur de leur électronégativité c par rapport à celle de l'atome de carbone (2,5) :
|
|
+ I faibles |
-I forts |
-I faibles |
|
-NH2 , -NHR , -NHCOR, -O- |
alkyle |
-NO2, -CN, -NH3+, -CF3, -N+R3 -CO2H, -CO2R, |
-F, -Cl , -Br , -I, phényle, -OH, -OCH3 |
Effet mésomère
Lorsqu'on examine la valeur des moments dipolaires descomposés ci-dessous, on constate que les composé aromatique nitré a un moment dipolaire plus grand que le dérivé saturé correspondant tandis que pour les dérivés fluorés c'est l'inverse.
|
Composé |
![]() |
![]() |
|
m (D) |
3,7 |
4,2 |
|
Composé |
![]() |
![]() |
|
m (D) |
1,9 |
1,6 |
Ces résultats ne peuvent s'expliquer en considérant seulement les effets inductifs.
Le fluor donne des électrons au cycle. Il s'agit d'un effet donneur.

Le groupe nitro accepte des électrons de la partdu cycle. Il s'agit d'un effet attracteur.

Dans le cas de la molécule de nitrobenzène, l’effet inductif et l’effet mésomère vont dans le même sens, la molécule a un moment dipolaire plus grand que celle de nitroéthane. Dans le cas de la molécule de fluorobenzène, l’effet mésomère et l’effet inductif sont antagonistes. La molécule a un moment dipolaire plus petit que celui de la molécule de fluoroéthane.
D'une façon générale, lorsque l'effet mésomère et l'effet inductif sont antagoniste, l'effet mésomère l'emporte sur l'effet inductif.Les types fondamentaux de réaction
Définitions
Pour commencer, il est commode de distinguer parmi les deux particules réagissantes le substrat et le réactif. Le substrat (étymologiquement : qui subit l'attaque) est la molécule organique qui réagit avec le réactif. Lorsque l'un des partenaires est inorganique, c'est par convention le réactif. Naturellement, il existe une certaine ambiguité lorsque les deux partenaires sont organiques et l'on raisonne alors par analogie. La distinction entre substrat et réactif est
très importante pour le classement des réactions. En effet celles-ci sont nommées selon deux critères :
|
Réactif |
électrophile |
nucléophile |
|
aspect thermodynamique |
||
|
aspect cinétique |
réactivité rapide vis à vis des zones de faible densité électronique |
réactivité rapide vis à vis des zones de forte densité électronique |
Classement
La terminologie du classement des réaction est due à Ingold. On distingue neuf types fondamentaux.
|
Additions |
Substitutions |
Eliminations |
|
électrophile AE |
électrophile SE |
électrophile EE |
Exemples : réaction de substitution nucléophile ;

autres exemples :
Intermédiaires réactionnels
Introduction
Les carbocations sont des ions positifs du carbone il existe deux familles :
Les carbocations peuvent être synthétisés à partir de dérivés halogénés en milieu superacide.

Les carbocations interviennent généralement comme intermédiaires réactionnels. Ce sont des espèces fugaces et leur durée de vie très courte nécessite l'utilisation de technique spéciales d'étude. Parmi celles-ci la spectroscopie de RMN en milieu superacide a été développée par le chimiste américain d'origine hongroise G. Olah. Ses travaux sur la chimie des carbocations ont permis de développer plusieurs concepts nouveaux comme ceux d'ions non classiques et d'atome de carbone hypercoordiné. Ils ont été couronnés par l'attribution du prix Nobel de chimie en 1994. Quelques carbocations ont une durée de vie suffisante pour pouvoir être observés et conservés en solution à la température ambiante.

On constate l'ordre de stabilité suivant :
|
Carbocation |
DrG0 (kJ.mol-1) |
|
CH3CH2+ |
0 |
|
CH3CH2CH2+ |
-25 |
|
(CH3)2CH+ |
-92 |
|
(CH3)3C+ |
-167 |
D'une façon très générale, on observe l'ordre de stabilité suivant :



Les carbocations allyliques sont stabilisés par résonance.

On interprète de la même façon la stabilité des carbocations benzyliques.

Certains cations doivent leur stabilité relative à leur caractère aromatique. C'est le cas du cation cyclopropénium.
Les ions acylium sont stabilisés par la présence d'un hétéoatome adjacent.


Les ions halonium sont des intermédiaires très réactifs. Du fait de la plus petite taille de l'atome de chlore par rapport à l'atome de brome, les ions chloronium sont en équilibre avec le carbocation ouvert.

Les complexes s encore appelés intermédiaires de Wheland sont des carbocations stabilisés grâce à la conjugaison du sycle aromatique.
Intervention des carbocations dans les mécanismes Les carbocations interviennent dans de nombreux mécanismes :
Transposition de Wagner-Meerwein H. Meerwein montra que la vitesse de la réaction augmente avec la constante diélectrique du solvant et aussi en présence d'acides de Lewis comme AlCl3 ou SbCl5. Le mécanisme de la réaction fait intervenir un carbocation qui subit une réaction de transposition. En fait, une analyse fine de la stéréochimie des produits obtenus lors de la transposition de Wagner-Meerwein, montre que la situation est, plus compliquée. On peut rationaliser les résultats expérimentaux en faisant intervenir deux carbocations non classiques. Puisque les carbocations peuvent être générés facilement à partir d'alcools tertiaires, on rencontre là aussi ce type de transposition. Participation d'un groupement voisin Composé Vitesse relative 1 104 1011 Des deux stéréoisomères, celui qui réagit le plus rapidement est le troisième. Par ailleurs, dans le produit obtenu, on constate que le nucléophile se place au même endroit que le nucléofuge. Il y a rétention de la configuration. La réaction du carbocation avec le nucléophile a lieu de façon préférentielle du côté opposé au pont ce qui explique la rétention de configuration observée.
A l'origine, cette transposition a été mise en évidence par Wagner. Il s'agissait de la réaction permettant de passer du chlorhydrate de camphène (I) au chlorure de bornyle (II).




On s'intéresse aux vitesses d'acétolyse des composés suivants.



On interprète ces résultats par la formation d'un intermédiaire ponté non classique. Lors de la formation de l'intermédiaire, la double liaison assiste le départ du nucléofuge. On dit qu'il y a eu assistance anchimère du grec ankura : ancre (en anglais : anchimeric assistance ou neighboring group participation).

Un autre exemple intéressant concerne la réaction de composés comme le 3-phényl-2-chlorobutane dans lesquels un groupe phényle est situé en b de l'halogène. L'acétolyse du composé de configuration absolue (2S, 3S) conduit à un mélange racémique. On interprète la perte de la chiralité par la formation d'un intermédiaire possédant un plan de symétrie.

Le groupe phényle assiste le départ du nucléofuge. L'intermédiaire obtenu est un cation phénonium dans lequel la charge positive est délocalisée. Il s'agit d'un autre exemple d'assistance anchimère.

On notera l'analogie entre les cations phénonium et les intermédiaires de Wheland rencontrés dans les réactions de substitutions électrophiles aromatiques.


Carbocations non classiques
L'étude de la solvolyse des benzènesulfonates d'exo-norbornyle (I) et d'endo-norbornyle (II) a été faite par le chimiste américain Saul Winstein (UCLA) à partir de 1949. Les résultats expérimentaux sont les suivants :



On obtient ainsi un ion "non classique" pour lequel la charge positive est délocalisée sur les atomes de carbone 1, 2, 6. Cet ion possède un plan de symétrie passant par les atomes de carbone C4, C5, C6. Il est donc achiral.

En revanche, l'ionisation du composé endo pour donner l'ion non classique n'est pas assistée. Elle est donc moins rapide. Pour plus de détails on pourra consulter [21].
Le cation norbornyle peut être préparé en milieu superacide et son étude par spectroscopie de RMN a été effectuée.

Aux températures inférieures à -158 °C, le spectre RMN a l'allure suivante.

|
Déplacement chimique (ppm) |
Intensité |
Attribution |
|
6,75 |
2 H |
C1, C2 |
|
3,17 |
2 H |
C6 |
|
2,82 |
1 H |
C4 |
|
2,13 |
4 H |
C3 , C7 |
|
1,37 |
2 H |
C5 |
Interprétation de Brown, équilibre entre deux carbocations classiques.

Introduction
On prépare ainsi beacoup d'organolithiens et en particulier le butyllithium. Carbanions stabilisés Un type particulier de carbanion est constitué par les ylures.


Parmi les carbanions stabilisés par un groupe fonctionnel les plus importants sont les énolates :
Les radicaux
L'enthalpie libre molaire de référence de l'état de transition est la somme de l'enthalpie libre molaire des réactifs et de l'enthalpie libre d'activation de référence.
![]()
La constante de vitesse k de la réaction est liée à l'enthalpie libre d'activation de référence par la formule d'Eyring.
Notons que l'enthalpie libre d'activation de référence n'est pas une grandeur standard car la concentration de référence (1 mol.L-1) ne correspond pas à l'état standard (solution infiniment diluée).
Prenons l'exemple de la réaction de substitution nucléophile bimoléculaire représentée par le schéma suivant.


Notons que ce type de diagramme ne donne pas d'information directement sur la vitesse de la réaction car celle-ci dépend également des concentrations des réactifs.
Postulat de Hammond
La connaissance de l'état de transition et de son énergie lors du déroulement d'une réaction sont naturellement d'un grand intérêt notamment lorsqu'il s'agit de l'étape déterminante d'une réaction cinétiquement contrôlée. Malheureusement, un état de transition correspond à
une association transitoire d'atomes qui se traduit par un maximum d'énergie. La durée de vie de cette association est tellement courte qu'on ne peut en faire l'étude qu'avec des méthodes très sophistiquées dans des cas peu nombreux. Il est raisonnable d'admettre, dans certains cas du moins, qu'il est possible de ramener l'étude de la structure et de l'énergie d'un état de transition à celle d'une véritable entité chimique pourvu que leur énergie soit assez proche. C'est l'objet du postulat énoncé par le chimiste américain G. S. Hammond qui peut s'énoncer de la façon suivante :
|
|
|
|
Etat de transition précoce (faible enthalpie libre d'activation). L'état de transition "ressemble" au réactif |
Etat de transition tardif (grande enthalpie libre d'activation). L'état de transition "ressemble" au produit. |
Un corollaire direct du postulat de Hammond, implique que tout facteur qui abaisse l'énergie d'une entité abaisse du même coup celle de l'état de transition qui lui est le plus proche. Examinons le cas d'un état de transition tardif, conduisant à un intermédiaire I, par exemple un carbocation. Tout facteur abaissant l'énergie de ce dernier doit entraîner ipso facto un abaissement de l'énergie de l'état de transition antécédent.
|
|
|
Sous l'influence d'un facteur stabilisant l'intermédiaire I, l'énergie de l'état de transition qui conduit à cet intermédiaire est abaissée. |
Cette propriété fondamentale est utilisée, par exemple, pour rationaliser la cinétique et la régiosélectivité de la bromation des composés aromatiques ainsi que d'autres substitutions électrophiles du même type dans cette série.
Définition de Lewis Les méthodes électrochimiques ne permettent de faire des mesures que dans une fenêtre de pKa assez étroite en chimie organique. D'autres méthodes doivent être employées. Le couple menthol-ion mentholate peut être mis à profit pour déterminer les pKa des couples acido-basiques comme alternative aux méthodes électrochimiques car les pouvoirs rotatoires spécifiques de l'alcool et de son sel sont très différents. Les organolithiens sont des bases très fortes permettant de déprotoner les hydrocarbures. Superacides On voit que H0 généralise la notion de pH dans ce type de milieu.
Un complexe acide-base de Lewis, encore appelé adduit, est le produit de la réaction entre un acide de Lewis et une base de Lewis.
Soit une réaction entre un acide de Lewis symbolisé par A et une base de Lewis symbolisée par B conduisant à la formation d'un adduit que nous noterons AB.
![]()




Un autre exemple classique est la formation des énolates par action d'une base sur un composé carbonylé.
L'acide le plus fort pouvant exister dans l'eau est l'ion H3O+ (aq). Tout acide intrinsèquement plus fort protone l'eau pour fournir
H3O+ (aq). Dans les années 60, R. J. Gillespie a proposé d'appeler superacides des acides plus forts que l'acide sulfurique pur. Naturellement, une telle définition comporte une part d'arbitraire. Pour aller plus loin, il faut définir une nouvelle échelle d'acidité en milieu non aqueux. L'échelle d'acidité la plus connue est celle de Hammett (Hammett et Deyrup 1930). On utilise une base de référence notée B ci-dessous. Hammett utilisait la nitroaniline. Le rapport des activités de BH+ et B est déterminé par
des méthodes spectroscopiques (UV, RMN etc.) Dans cette échelle, l'acide sulfurique concentré est caractérisé par une valeur H0 = - 12.
Le mélange équimolaire de HSO3F et de SbF5, découvert dans le laboratoire de G. Olah, a été appelé "acide magique" après qu'un chercheur ait observé la dissolution de la paraffine provenant d'un morceau de bougie tombé par hasard dans le mélange [40]. Il est caractérisé par : H0 = - 19,2.
L'acide fluoroantimonique (HF, SbF5) a une valeur H0 = - 31,3.
Un tel acide est capable de protoner un hydrocarbure avec formation d'un ion carbonium (I) pentacoordiné puis d'un ion carbénium (II).
Basicité et nucléophilie
Une propriété importante d'une base de Lewis est sa nucléophilie. La nucléophilie d'une espèce est une grandeur permettant la comparaison des vitesses relatives de réactions vis à vis d'un même substrat.
Il s'agit donc d'une grandeur cinétique relative permettant de classer les nucléophiles selon la vitesse avec laquelle ils transfèrent leur doublet au substrat. La réaction servant de référence est la suivante.

|
Nucléophile |
pKa (HX/X-) |
log k/kr |
Vitesse relative |
|
CH3OH |
-3 |
0 |
1 |
|
F- |
3,4 |
2,7 |
500 |
|
Cl- |
-5,7 |
4,4 |
2,35´104 |
|
Br- |
-7,7 |
5,8 |
6,0´105 |
|
I- |
-5,2 |
7,4 |
2,6´107 |
Parmi les bases non nucléophiles permettant de promouvoir des éliminations E2 citons les amines tertiaires : DBN, DBU, DABCO.
Lorsqu'on recherche une plus grande force, on peut faire appel aux amidures.
Certains nucléophiles possèdent plusieurs points d'attaque. Ainsi, l'ion nitrite peut conduire par substitution nucléophile sur un dérivé halogéné à des dérivés nitro ou nitrito.
Le principe peut s'énoncer de la façon suivante :|
durs |
intermédiaires |
mous |
|
H+, Li+, Na+, K+, Mg2+, Al3+, Ce3+, AlCl3, RCO+ |
Fe2+, Co2+, Cu2+, Zn2+, Sn2+, R3C+, SO2 |
Cu+, Ag+, Au+, Hg2+, Pd2+, Pt2+, Br+, I+ |
|
dures |
intermédiaires |
molles |
|
OH-, RO- , F- , Cl-, AcO-, RO- |
ArNH2, C5H5N, N3-, Br- |
H-, R-, I- , R3P, C6H6, C2H4, CN-, SCN-, R2S, RSH, RS- |
Exemple:
Le principe HSAB présent le grand intérêt de permettre la prévision de réactions à partir de données purement qualitatives cependant les notions de dureté et de mollesse peuvent recevoir une interprétation plus quantitative.
La formation du complexe suivant s'interprète par l'interaction entre le composé éthylénique qui est une base molle et Ag+ qui est un acide mou . Le complexe de Zeise entre l'éthène et le Pt (II) se rationalise de la même façon.

L'ion nitrite est un nucléophile ambident. Il possède deux atomes nucléophiles : l'azote et l'oxygène. Sa structure peut être décrite par la méthode de la mésomérie.

Considérons les réactions de substitutions nucléophiles sur un même dérivé halogéné avec l'ion nitrite comme nucléophile. Dans la réaction (1), Na+ (dur), interagit avec l'oxygène (dur). L'ion réagit au niveau de l'atome d'azote (mou) pour donner un composé nitré.


Les ion énolate sont des nucléophiles ambidents. L'atome d'oxygène négatif est dur tandis que l'atomede carbone négatif est mou.

La réaction avec l'iodure de méthyle conduit à une C-alkylation (interaction acide mou-base molle).
En revanche,avec le chlorure de triméthylsilyle, on obtient une O-alkylation (interaction acide dur-base dure). Cela permet de piéger les énolates sous forme d'éthers d'énols silylés.
Théorie HSAB et méthode des perturbations
En 1968, Klopman a généralisé et interprété le principe HSAB dans le cadre de la théorie des orbitales frontières.
Dans ce nouveau cadre, on peut mettre en relation :
|
acides durs |
acides mous |
|
|
|
|
bases dures |
bases molles |
|
|
Définitions
Pour illustrer ces notions nous allons raisonner sur un système particulier. Un réactif A est impliqué dans deux réactions jumelles qui conduisent à des produits notés B et C. On fait l'hypothèse simplificatrice que les réactions directe et inverse sont d'ordre 1. Il s'agit d'étudier l'abondance relative des produits B et C au bout d'une certaine durée de réaction.
Ce système d'équations peut être simplifié dans deux situations extrêmes.
Contrôle cinétique Le rapport des concentrations des produits formés au début de la réaction est égal au rapport des constantes de vitesses. Le produit majoritaire est le produit formé le plus rapidement. On dit que la réaction est sous contrôle cinétique. La proportion des produits formés en cours de réaction fait intervenir la valeur relative des enthalpies libres molaires d'activation. Sous contrôle cinétique, le produit le plus abondant est celui qui se forme le plus rapidement. Le rapport des concentrations des produits formés à la fin dela transformation est égal au rapport des constantes thermodynamiques. On dit que la réaction est sous contrôle thermodynamique. Le produit formé majoritairement à l'état final est le plus stable. Sous contrôle thermodynamique, le produit le plus abondant est celui qui est le plus stable.
Au début de la transformation, les concentrations des produits B et C sont beaucoup plus faibles que la concentration de A. Il est possible de faire les approximations suivantes :
Exemples de réactions sous contrôle thermodynamique :
Bibliographie
[1] Spectroscopies de la Molécule, J. Barriol et J. -L. Rivail, Presses Universitaires de France.Vous pouvez, si vous le souhaitez, utiliser le contenu de cette page dans un but pédagogique et non commercial.
Texte, dessins, photographies : Gérard Dupuis - Lycée Faidherbe de LILLE
février 2008