Cours de chimie Organique - G. Dupuis - Lycée Faidherbe de Lille



Les outils du raisonnement en chimie organique


(travail en cours)

Orbitales moléculaires

Introduction

Théorie des orbitales moléculaires
La méthode LCAO repose sur les hypothèses suivantes : L'énergie totale de la molécule est la somme des énergies associées à chaque orbitale moléculaire en tenant compte du nombre d'électrons ni sur le niveau d'énergie Ei (il peut valoir : 0, 1 ou 2.)
Une fois les hypothèses posées, il s'agit de déterminer les coefficients Cim des orbitales atomiques ainsi que l'énergie Ei associée à chaque orbitale moléculaire. Posons :

On va utiliser une méthode variationnelle. L'expression mathématique de l'énergie à minimiser compte tenu de la combinaison des orbitales atomiques s'écrit :
D'après le théorème des variations l'énergie réelle du système est inférieure à toute énergie calculée à partir d'une fonction d'onde approchée. Puisque la décomposition de la fonction d'onde comme combinaison linéaire est une solution approchée du problème, on obtiendra la solution optimale en écrivant que l'énergie doit être minimale vis à vis des coefficients Cin. Cela se traduit par :

on en déduit une valeur optimisée de l'énergie Ei de chaque orbitale moléculaire ji :

Les coefficients du développement de l'orbitale moléculaire ji sont les solutions des n relations suivantes pour chaque valeur de n = 1, 2, ..., n ; cela correspond à un système linéaire de n équations dont les Cim sont les n inconnues. Le système d'équations relatif à chaque orbitale moléculaire s'écrit :

Méthode de Hückel
Cette approximation de la théorie des orbitales moléculaires a été introduite par le théoricien allemand E. Hückel en 1931. Elle est connue sous le nom de méthode HMO (Hückel Molecular Orbital). La méthode n'est utilisable en toute rigueur que pour les molécules planes car la notion d'orbitale moléculaire de type p ne possède un sens précis que dans ce cas. D'autre part on s'intéresse uniquement au système des électrons p en partant de l'idée que les orbitales s ont une énergie beaucoup plus basse que celle des orbitales p. On admet alors, en première approximation, que les électrons p se déplacent dans un champ moyen créé par les noyaux et les électrons s du squelette non polarisable de la molécule. Dans ce qui suit on notera cm les orbitales p des atomes de carbone du squelette, qui sont perpendiculaires au plan de la molécule.
Les approximations de Hückel consistent à poser :

Ces approximations sont résumées, avec les notations usuelles, dans le tableau ci-dessous :

Hmm

Hmn

Hmn

Smn

a

b (atomes liés)

0 (atomes non liés)

dmn

L'approximation la plus radicale de la méthode (HMO) consiste à négliger l'intégrale de recouvrement entre les atomes liés. Notons que le recouvrement est pris en compte dans la méthode de Hückel étendue (EHMO).

Il est important de se rappeler que les intégrales a et b sont toutes les deux négatives. Dans le cadre de l'approximation précédente, le système des équations s'écrit :


ce système homogène possède des solutions nulles comme solutions triviales. Il possèdera des solutions autres que nulles à condition que :


Les inconnues Ei n'apparaissent que dans la diagonale principale du déterminant.

La condition de normalisation se réduit à :


On pose en général :
xi = (a - Ei)/b

Examinons le cas de l'éthène.

Molécule d'éthène

La molécule possède deux atomes de carbone numérotés 1 et 2. Chaque orbitale atomique p est perpendiculaire au plan xOy de la molécule et elle est dirigée suivant z.

Le système d'équations relatif à une orbitale moléculaire ji s'écrit :

(1) Ci1xi + Ci2 = 0
(2) Ci1 + Ci2xi = 0
le déterminant doit être nul :
xi2 - 1 = 0
il y a deux solutions, une pour chaque orbitale moléculaire :
x1 = -1 et x2 = 1
remplaçons successivement xi par les valeurs précédentes dans les équations (1) et (2).

La condition de normalisation permet de déterminer dans chacun des cas les valeurs numériques des coefficients :

C112 + C122 = 1
C212 + C222 = 1

Le tableau suivant regroupe les valeurs numériques des coefficients :

Energie

Ci1

Ci2

E1 = a + b

0,707

0,707

E2 = a - b

0,707

-0,707


Les orbitales moléculaires p et p* ont respectivement pour expression :

j1 = 0,707 c 1 + 0,707 c 2
j2 = 0,707 c 1 - 0,707 c 2

Le schéma ci-dessous représente ces om ainsi que leur énergie.


Dans la méthode HMO, les intégrales de recouvrement entre atomes différents sont toutes nulles. Pour caractériser la population de recouvrement, C. A. Coulson a proposé d'introduire la notion d'indice de liaison p :


ni est le nombre d'électrons décrit par l'orbitale ji. La somme est étendue aux M orbitales occupées. Dans le cas de l'éthène, on obtient :

Pmn = 1

cela est bien en accord avec un ordre de liaison total égal à deux pour la molécule.

Méthode de Hückel étendue
Cette méthode a été proposée par R. Hoffman. Elle est basée sur les approximations suivantes :

Le schéma ci-dessous représente ces om ainsi que leur énergie.


Méthode de la résonance
L. Pauling a été le principal promoteur de la théorie de la résonance dans les années 1930. Dans cette méthode, encore appelée méthode de la mésomérie, les noyaux sont supposés fixes (comme dans l'approximation de Born-Oppenheimer). La notion de doublet électronique localisé entre deux atomes subsiste mais cette localisation n'existe que dans certaines formes limites appelée formes limites mésomères. Celles-ci n'ont pas existence réelle. La molécule est un hybride de résonance entre les formes limites, chacune intervenant avec un certain poids statistique.


Les différentes formes mésomères ne possèdent pas la même importance dans la description de la molécule réelle. On peut classer ces formes selon leur poids statistique de la manière suivante. Les formes qui contribuent le plus à la structure réelle sont celles qui :

Approximation des orbitales frontières
Il s'agit d'un exemple particulier d'application de la théorie des perturbations.

Dans ce qui suit, on désignera par HO, la plus haute orbitale moléculaire occupée (en énergie) de l'un des réactifs et par BV la plus basse orbitale moléculaire vacante de l'autre. En anglais, ces orbitales sont notées respectivement HOMO (highest occupied molecular orbital) et LUMO (lowest unoccupied molecular orbital).

Désignons par r et s les atomes qui interagissent lors de l'approche des réactifs R et S avec formation d'un adduit RS. La méthode des perturbations appliquée au système en début de réaction permet de calculer la différence d'énergie entre RS et R + S :

D E : énergie d'interaction ;
qr, qs : charges des atomes r et s respectivement ;
G : terme de répulsion coulombienne (dépend de la distance entre les charges) ;
e : constante diélectrique du milieu ;
D Esolv : énergie de solvatation ;
Crm, Csn : coefficients pour l'atome r (resp s) dans l'orbitale moléculaire m (resp n) ;
b : intégrale d'échange (intégrale de résonance) décrivant la formation d'une liaison de covalence entre r et s dans
l'état de transition ;
Em : énergie de la plus haute orbitale occupée du donneur (HO) ;
En : énergie de la plus basse orbitale vacante de l'accepteur (BV).
Les deux premiers termes traduisent une interaction entre les charges des particules réagissantes tandis que le deuxième terme correspond à l'interaction entre les orbitales frontières du donneur et de l'accepteur. On peut distinguer deux situations limites : C'est K. Fukui qui, le premier, a montré qu'il était possible de décrire correctement le déroulement de certaines réactions chimiques en faisant l'approximation que celles-ci sont gouvernées par le recouvrement des orbitales frontières des réactifs. Elle a valu à son auteur le prix Nobel de chimie en 1981 conjointement avec R. Hoffmann.

La connaissance des énergies et des propriétés de symétrie de ces orbitales moléculaires est particulièrement intéressante pour étudier la réactivité de la molécule dans le cas où la réaction est sous contrôle orbitalaire. Les électrons p sont les plus mobiles et les plus facilement polarisables lors de l'interaction de la molécule avec un réactif extérieur.

La méthode des orbitales frontières permet d'aborder et de résoudre un certain nombre de problèmes parmi lesquels :

Exemple de la molécule d'éthène

Les orbitales frontières de la molécule d'éthène :
  • la plus haute orbitale occupée (HO) est l'orbitale p
    j 1 = 0,707 c 1 + 0,707 c 2
  • la plus basse orbitale vacante (BV) est l'orbitale p*
    j 2 = 0,707 c 1 - 0,707 c 2
    .

Les symétries des orbitales moléculaires HO et BV expliquent plusieurs résultats expérimentaux : La cyclodimérisation de l'éthylène est impossible par voie thermique.

Plaçons côte à côte les orbitales frontières des molécules susceptibles d'interagir entre-elles.

En effet l'approche des orbitales frontières des deux molécules conduit à un recouvrement frontalier globalement nul par une approche supra-supra des deux molécules. Le schéma ci-dessous montre l'interaction entre la HO de A et la BV de B mais l'interaction entre la HO de B et la BV de A aboutit à la même conclusion.

En revanche, elle est possible par voie photochimique.

Par irradiation, un des électrons de la molécule A peut être promu à un niveau d'énergie supérieur (HO*).

L'interaction entre HO* d'une molécule (A) et BV de l'autre molécule (B) devient possible.

Autre exemple étudié dans le chapitre sur les systèmes conjugués : la cycloaddition entre l'éthylène et le buta-1,3-diène ou réaction de Diels-Alder est permise par voie thermique.

Hyperconjugaison
L'hyperconjugaison consiste en l'interaction entre un nuage électronique de symétrie s et un système de type p ou p.

Examinons à titre d'exemple l'interaction entre des électrons d'une liaison s (C-H) et une orbitale p vide. En termes d'orbitales moléculaires, le phénomène peut être décrit par le diagramme suivant.

On peut montrer que l'énergie de stabilisation Es est proportionnelle à l'intégrale de recouvrement S et inversement proportionnelle à l'écart d'énergie DE entre les niveaux impliqués.

Plusieurs phénomènes s'interprètent en termes d'hyperconjugaison :

Effets electroniques

Electronégativité
L'électronégativité est une grandeur caractérisant l'aptitude d'un atome à conserver ses électrons de valence et à attirer les électrons de ses partenaires. Il existe plusieurs manières de définir l'électronégativité :

Tableau des électronégativités (échelle de Pauling)

H : 2,1

-

-

-

-

-

-

Li : 0,98

Be : 1,57

B : 2,04

C : 2,55

N : 3,04

O : 3,44

F : 3,98

Na : 0,93

Mg : 1,31

Al : 1,61

Si : 1,90

P : 2,19

S : 2,58

Cl : 3,16

K : 0,82

Ca : 1,00

Ga : 2,01

Ge : 2,01

As : 2,18

Se : 2,55

Br : 2,96

Rb : 0,82

Sr : 0,95

In : 1,78

Sn : 1,96

Sb : 2,05

-

I : 2,66

Il est commode d'étendre la notion d'électronégativité à celle de groupes d'atomes.

Groupe

H

CH3

C2H5

NH2

CCl3

Ph

CN

OH

NO2

Electronégativité (Pauling)

2,1

2,3

2,3

2,8

3,0

3,0

3,3

3,4

3,4

Atome de carbone

tétragonal

trigonal

digonal

Electronégativité (Pauling)

2,48

2,75

3,30

Moment dipolaire
Le moment dipolaire m d'un composé est une grandeur physique qui peut être mesuré expérimentalement à partir de la permittivité relative de la substance er , et de la densité. Le moment dipolaire m trouve son origine dans l'existence de liaisons partiellement polarisées dans la molécule. Dans la molécule de chlorométhane représentée ci-dessous, la polarisation de la liaison C-Cl s'interprète par la différence
d'électronégativité entre les atomes C et Cl. Les liaisons C-H, ne sont pratiquement pas polarisées. La liaison C-Cl se comporte comme un petit dipôle et il est commode de considérer que les atomes C et Cl ont acquis respectivement une charge q = d e et -q = -d e. On représente en général les charges partielles en unité atomique sur les atomes constituant la liaison : d + et d - respectivement. Conformément aux conventions le moment dipolaire est représenté par un vecteur orienté de la charge négative vers la charge positive.


Lorsqu'une molécule possède plusieurs liaisons polarisées, il est commode d'attribuer aux liaisons entre hétéroatomes des moments dipolaires de liaison car l'expérience montre que ces grandeurs sont quasiment caractéristiques des liaisons et sont donc transférables d'une molécule à une autre.

Les moments dipolaires de liaison sont facilement accessibles à partir du moment dipolaire des molécules diatomiques. Pour les molécules polyatomiques, le moment dipolaire d'une molécule est calculé en effectuant la somme des moments dipolaires de liaisons. L'unité usuelle de moment dipolaire est le Debye (D) 1 D = 3,33.10-30 C.m ; bien que n'appartenant pas au système international, cette unité est largement utilisée. Elle a été introduite en souvenir du physico-chimiste néerlandais Peter Debye (prix Nobel de chimie 1936) qui s'illustra dans de nombreux domaines de la physique et de la chimie.

Moments dipolaires de quelques liaisons simples (D)

Liaison

C-H

Cl-C

I-C

N-C

O-C

F-H

I-H

m (D)

0,4

1,46

1,19

0,22

0,74

1,82

0,44

La mesure du moment dipolaire permet de distinguer certains isomères :

Composé

m (D)

0

1,3

1,9

Polarisabilité
On appelle polarisabilité la propriété physique associée à la création dans une molécule, d'un moment dipolaire induit mi sous l'action du champ extérieur. La polarisabilité est un phénomène dynamique. Le moment dipolaire induit s'annule lorsque la cause qui lui a donné naissance a disparu.

Désignons par E*, le champ ressenti par la molécule dans le milieu où elle se trouve (champ électrique augmenté du champ local de Lorentz [17]).

On peut comme pour le moment dipolaire, définir des polarisabilités de liaison. La polarisabilité dépend de plusieurs facteurs :

Composé

C-Cl

C-Br

C-I

Longueur C-X (pm)

178

193

214

Moment dipolaire m (D)

1,94

1,79

1,64

Polarisabilité relative

1

1,4

2,2

Effet inductif
La polarisation d'une liaison est due à la différence
d'électronégativité des atomes liés. Elle se caractérise notamment par l'existence d'un dipôle permanent. Ce dipôle peut induire à son tour une polarisation dans une liaison adjacente polarisable. La transmission de la polarisation à travers des liaisons s par le mécanisme précédent s'appelle "effet inductif".
Les effets inductifs peuvent être classés en deux catégories selon la valeur de leur électronégativité c par rapport à celle de l'atome de carbone (2,5) :

+ I forts

+ I faibles

-I forts

-I faibles

-NH2 , -NHR ,
-NR2,

-NHCOR, -O-

alkyle

-NO2, -CN, -NH3+, -CF3, -N+R3

-CO2H, -CO2R,
-COR -SO3H

-F, -Cl , -Br , -I, phényle, -OH, -OCH3

Les effets inductifs se transmettent à travers les liaisons grâce à leur polarisabilité mais ils s'amortissent assez rapidement lorsqu'il n'y a que des liaisons simples car les électrons s sont peu polarisables (ils assurent avant tout la liaison chimique). Au-delà de trois liaisons simples un effet inductif ne se manifeste pratiquement plus. Les effets inductifs sont additifs.

Effet mésomère
Lorsqu'on examine la valeur des moments dipolaires descomposés ci-dessous, on constate que les composé aromatique nitré a un moment dipolaire plus grand que le dérivé saturé correspondant tandis que pour les dérivés fluorés c'est l'inverse.

Composé

m (D)

3,7

4,2

Composé



m (D)

1,9

1,6

Ces résultats ne peuvent s'expliquer en considérant seulement les effets inductifs.

Le fluor donne des électrons au cycle. Il s'agit d'un effet donneur.

Le groupe nitro accepte des électrons de la partdu cycle. Il s'agit d'un effet attracteur.

Dans le cas de la molécule de nitrobenzène, l’effet inductif et l’effet mésomère vont dans le même sens, la molécule a un moment dipolaire plus grand que celle de nitroéthane. Dans le cas de la molécule de fluorobenzène, l’effet mésomère et l’effet inductif sont antagonistes. La molécule a un moment dipolaire plus petit que celui de la molécule de fluoroéthane.

D'une façon générale, lorsque l'effet mésomère et l'effet inductif sont antagoniste, l'effet mésomère l'emporte sur l'effet inductif.

Les types fondamentaux de réaction

Définitions
Pour commencer, il est commode de distinguer parmi les deux particules réagissantes le substrat et le réactif. Le substrat (étymologiquement : qui subit l'attaque) est la molécule organique qui réagit avec le réactif. Lorsque l'un des partenaires est inorganique, c'est par convention le réactif. Naturellement, il existe une certaine ambiguité lorsque les deux partenaires sont organiques et l'on raisonne alors par analogie. La distinction entre substrat et réactif est très importante pour le classement des réactions. En effet celles-ci sont nommées selon deux critères :

Réactif

électrophile

nucléophile

aspect thermodynamique

acide de Lewis

base de Lewis

aspect cinétique

réactivité rapide vis à vis des zones de faible densité électronique

réactivité rapide vis à vis des zones de forte densité électronique

Classement
La terminologie du classement des réaction est due à Ingold. On distingue neuf types fondamentaux.

Additions

Substitutions

Eliminations

électrophile AE
nucléophile AN
radicalaire AR

électrophile SE
nucléophile SN
radicalaire SR

électrophile EE
nucléophile EN
radicalaire ER

Exemples : réaction de substitution nucléophile ;

autres exemples :

Intermédiaires réactionnels

Les carbocations

Introduction
Les carbocations sont des ions positifs du carbone il existe deux familles :

La première mise en évidence d'ions carbéniums a été faite par Norris et Kehrmann en 1901, c'est à dire un an après la découverte du radical triphénylméthyle par Gomberg. C'est le cation triphénylméthyle (carbocation trityle).

Les carbocations peuvent être synthétisés à partir de dérivés halogénés en milieu superacide.

Les carbocations interviennent généralement comme intermédiaires réactionnels. Ce sont des espèces fugaces et leur durée de vie très courte nécessite l'utilisation de technique spéciales d'étude. Parmi celles-ci la spectroscopie de RMN en milieu superacide a été développée par le chimiste américain d'origine hongroise G. Olah. Ses travaux sur la chimie des carbocations ont permis de développer plusieurs concepts nouveaux comme ceux d'ions non classiques et d'atome de carbone hypercoordiné. Ils ont été couronnés par l'attribution du prix Nobel de chimie en 1994. Quelques carbocations ont une durée de vie suffisante pour pouvoir être observés et conservés en solution à la température ambiante.

Structure et stabilité des carbocations
La réaction suivante, réalisée en phase gazeuse a été utilisée pour évaluer la stabilité des carbocations. Cela revient à prendre le cation éthyle comme référence des enthalpies libres standard.

On constate l'ordre de stabilité suivant :

Carbocation

DrG0 (kJ.mol-1)

CH3CH2+

0

CH3CH2CH2+

-25

(CH3)2CH+

-92

(CH3)3C+

-167

D'une façon très générale, on observe l'ordre de stabilité suivant :

Cet ordre peut être interprété par l'existence de formes hyperconjuguées en nombre d'autant plus important que la classe du carbocation est élevée.

En termes orbitalaires,
l'hyperconjugaison peut être décrite comme l'interaction entre une orbitale moléculaire s (C-H) et une orbitale p vide.

Les carbocations allyliques sont stabilisés par résonance.

On interprète de la même façon la stabilité des carbocations benzyliques.

Certains cations doivent leur stabilité relative à leur caractère aromatique. C'est le cas du cation cyclopropénium.

Les ions acylium sont stabilisés par la présence d'un hétéoatome adjacent.

Les ions halonium sont des intermédiaires très réactifs. Du fait de la plus petite taille de l'atome de chlore par rapport à l'atome de brome, les ions chloronium sont en équilibre avec le carbocation ouvert.

Les complexes s encore appelés intermédiaires de Wheland sont des carbocations stabilisés grâce à la conjugaison du sycle aromatique.

Intervention des carbocations dans les mécanismes

Les carbocations interviennent dans de nombreux mécanismes :

Transposition de Wagner-Meerwein
A l'origine, cette transposition a été mise en évidence par Wagner. Il s'agissait de la réaction permettant de passer du chlorhydrate de camphène (I) au chlorure de bornyle (II).

H. Meerwein montra que la vitesse de la réaction augmente avec la constante diélectrique du solvant et aussi en présence d'acides de Lewis comme AlCl3 ou SbCl5.

Le mécanisme de la réaction fait intervenir un carbocation qui subit une réaction de transposition.

En fait, une analyse fine de la stéréochimie des produits obtenus lors de la transposition de Wagner-Meerwein, montre que la situation est, plus compliquée. On peut rationaliser les résultats expérimentaux en faisant intervenir deux carbocations non classiques.

Puisque les carbocations peuvent être générés facilement à partir d'alcools tertiaires, on rencontre là aussi ce type de transposition.

Participation d'un groupement voisin
On s'intéresse aux vitesses d'acétolyse des composés suivants.

Composé

Vitesse relative

1

104

1011

Des deux stéréoisomères, celui qui réagit le plus rapidement est le troisième. Par ailleurs, dans le produit obtenu, on constate que le nucléophile se place au même endroit que le nucléofuge. Il y a rétention de la configuration.
On interprète ces résultats par la formation d'un intermédiaire ponté non classique. Lors de la formation de l'intermédiaire, la double liaison assiste le départ du nucléofuge. On dit qu'il y a eu assistance anchimère du grec ankura : ancre (en anglais : anchimeric assistance ou neighboring group participation).

La réaction du carbocation avec le nucléophile a lieu de façon préférentielle du côté opposé au pont ce qui explique la rétention de configuration observée.

Un autre exemple intéressant concerne la réaction de composés comme le 3-phényl-2-chlorobutane dans lesquels un groupe phényle est situé en b de l'halogène. L'acétolyse du composé de configuration absolue (2S, 3S) conduit à un mélange racémique. On interprète la perte de la chiralité par la formation d'un intermédiaire possédant un plan de symétrie.

Le groupe phényle assiste le départ du nucléofuge. L'intermédiaire obtenu est un cation phénonium dans lequel la charge positive est délocalisée. Il s'agit d'un autre exemple d'assistance anchimère.

On notera l'analogie entre les cations phénonium et les intermédiaires de Wheland rencontrés dans les réactions de substitutions électrophiles aromatiques.

Carbocations non classiques
L'étude de la solvolyse des benzènesulfonates d'exo-norbornyle (I) et d'endo-norbornyle (II) a été faite par le chimiste américain Saul Winstein (UCLA) à partir de 1949. Les résultats expérimentaux sont les suivants :

L'analyse de ces résultats a conduit Winstein à l'idée que l'ionisation du composé exo est assistée par les électrons liants de la liaison C1-C6.

On obtient ainsi un ion "non classique" pour lequel la charge positive est délocalisée sur les atomes de carbone 1, 2, 6. Cet ion possède un plan de symétrie passant par les atomes de carbone C4, C5, C6. Il est donc achiral.

On explique ainsi la formation d'un mélange racémique lors de l'acétolyse de I (ou de son énantiomère) car l'attaque des atomes de carbone C1 et C2 est équiprobable. De plus on obtient un acétate exo car la réaction de l'ion acétate s'effectue du côté opposé au pont.

En revanche, l'ionisation du composé endo pour donner l'ion non classique n'est pas assistée. Elle est donc moins rapide. Pour plus de détails on pourra consulter [21].

Le cation norbornyle peut être préparé en milieu superacide et son étude par spectroscopie de RMN a été effectuée.

Aux températures inférieures à -158 °C, le spectre RMN a l'allure suivante.

Déplacement chimique (ppm)

Intensité

Attribution

6,75

2 H

C1, C2

3,17

2 H

C6

2,82

1 H

C4

2,13

4 H

C3 , C7

1,37

2 H

C5

Interprétation de Brown, équilibre entre deux carbocations classiques.

Les carbanions

Introduction

On prépare ainsi beacoup d'organolithiens et en particulier le butyllithium.

Stabilité des carbanions
L'acidité croit avec le degré de caractère s.

Atome de carbone

tétragonal

trigonal

digonal

pKa

Carbanions stabilisés
Parmi les carbanions stabilisés par un groupe fonctionnel les plus importants sont les énolates :

Un type particulier de carbanion est constitué par les ylures.

La présence d'un groupe carbonyle stabilise les carbanions La crotonisation des aldols fait intervenir un carbanion dans un mécanisme de type E1Cb.

L'aromaticité est également un facteur de stabilisation Anion cyclopentadiényle

Les radicaux

Théorie de l'état de transition
Un complexe activé est une association d'atomes dont l'énergie correspond à un point col sur la surface d'énergie potentielle. L'état de transition thermodynamique est constitué de l'ensemble des complexes activés associés à leur probabilité de transformations respectives. Notons que beaucoup d'auteurs utilisent sans distinction les termes : complexe activé et état de transition (à l'échelle microscopique dans ce cas). L'état de transition correspond à un état pour lequel le système a une probabilité égale d'évoluer dans le sens direct ou dans le sens inverse.

L'enthalpie libre molaire de référence de l'état de transition est la somme de l'enthalpie libre molaire des réactifs et de l'enthalpie libre d'activation de référence.

La constante de vitesse k de la réaction est liée à l'enthalpie libre d'activation de référence par la formule d'Eyring.

Notons que l'enthalpie libre d'activation de référence n'est pas une grandeur standard car la concentration de référence (1 mol.L-1) ne correspond pas à l'état standard (solution infiniment diluée).

Prenons l'exemple de la réaction de substitution nucléophile bimoléculaire représentée par le schéma suivant.

L'enthalpie libre d'activation est plus petite dans le second cas que dans le premier. La deuxième réaction a une constante de vitesse plus grande que la première.

Notons que ce type de diagramme ne donne pas d'information directement sur la vitesse de la réaction car celle-ci dépend également des concentrations des réactifs.

Postulat de Hammond
La connaissance de l'état de transition et de son énergie lors du déroulement d'une réaction sont naturellement d'un grand intérêt notamment lorsqu'il s'agit de l'étape déterminante d'une réaction
cinétiquement contrôlée. Malheureusement, un état de transition correspond à une association transitoire d'atomes qui se traduit par un maximum d'énergie. La durée de vie de cette association est tellement courte qu'on ne peut en faire l'étude qu'avec des méthodes très sophistiquées dans des cas peu nombreux. Il est raisonnable d'admettre, dans certains cas du moins, qu'il est possible de ramener l'étude de la structure et de l'énergie d'un état de transition à celle d'une véritable entité chimique pourvu que leur énergie soit assez proche. C'est l'objet du postulat énoncé par le chimiste américain G. S. Hammond qui peut s'énoncer de la façon suivante :

Lorsque deux états proches en énergie interviennent successivement sur le chemin d'une réaction, leur interconversion ne nécessite qu'une faible réorganisation de structure.

Une autre façon de formuler la même idée a été formulée par L. E. Leffler quelques années avant Hammond. Elle consiste à dire :

L'état de transition ressemble du point de vue de sa structure à l'entité dont l'énergie est la plus proche.

Etat de transition précoce (faible enthalpie libre d'activation). L'état de transition "ressemble" au réactif

Etat de transition tardif (grande enthalpie libre d'activation). L'état de transition "ressemble" au produit.

Un corollaire direct du postulat de Hammond, implique que tout facteur qui abaisse l'énergie d'une entité abaisse du même coup celle de l'état de transition qui lui est le plus proche. Examinons le cas d'un état de transition tardif, conduisant à un intermédiaire I, par exemple un carbocation. Tout facteur abaissant l'énergie de ce dernier doit entraîner ipso facto un abaissement de l'énergie de l'état de transition antécédent.

Sous l'influence d'un facteur stabilisant l'intermédiaire I, l'énergie de l'état de transition qui conduit à cet intermédiaire est abaissée.

Cette propriété fondamentale est utilisée, par exemple, pour rationaliser la cinétique et la régiosélectivité de la bromation des composés aromatiques ainsi que d'autres substitutions électrophiles du même type dans cette série.

Acides et bases

Définition de Lewis

Un complexe acide-base de Lewis, encore appelé adduit, est le produit de la réaction entre un acide de Lewis et une base de Lewis. Soit une réaction entre un acide de Lewis symbolisé par A et une base de Lewis symbolisée par B conduisant à la formation d'un adduit que nous noterons AB.

Exemples :

Définition de Bronsted


Les méthodes électrochimiques ne permettent de faire des mesures que dans une fenêtre de pKa assez étroite en chimie organique. D'autres méthodes doivent être employées. Le couple menthol-ion mentholate peut être mis à profit pour déterminer les pKa des couples acido-basiques comme alternative aux méthodes électrochimiques car les pouvoirs rotatoires spécifiques de l'alcool et de son sel sont très différents.

Exemple de composés ayant des propriétés acido-basiques :

Acidité cinétique, acidité thermodynamique
L'acidité cinétique se réfère à la vitesse d'arrachage d'un proton par une base sur un susbstrat donné. Le tableau suivant, donne pour deux séries d'acides faibles, la constante de vitesse k correspondant à l'arrachement d'un proton par l'eau et la constante d'équilibre Ka de cette réaction.

Composé

k (s-1)

Ka

CH3COCH3

4,7.10-10

10-20

CH3COCH2Cl

5,5.10-8

3,0.10-17

CH3COCHCl2

7,3.10-7

10-15

CH3CN

7,0.10-14

10-25

(CH2)2CN2

1,5.10-2

10-11

Un autre exemple classique est la
formation des énolates par action d'une base sur un composé carbonylé.

Superacides
L'acide le plus fort pouvant exister dans l'eau est l'ion H3O+ (aq). Tout acide intrinsèquement plus fort protone l'eau pour fournir H3O+ (aq). Dans les années 60, R. J. Gillespie a proposé d'appeler superacides des acides plus forts que l'acide sulfurique pur. Naturellement, une telle définition comporte une part d'arbitraire. Pour aller plus loin, il faut définir une nouvelle échelle d'acidité en milieu non aqueux. L'échelle d'acidité la plus connue est celle de Hammett (Hammett et Deyrup 1930). On utilise une base de référence notée B ci-dessous. Hammett utilisait la nitroaniline. Le rapport des activités de BH+ et B est déterminé par des méthodes spectroscopiques (UV, RMN etc.) Dans cette échelle, l'acide sulfurique concentré est caractérisé par une valeur H0 = - 12.



On voit que H0 généralise la notion de pH dans ce type de milieu.


Le mélange équimolaire de HSO3F et de SbF5, découvert dans le laboratoire de G. Olah, a été appelé "acide magique" après qu'un chercheur ait observé la dissolution de la paraffine provenant d'un morceau de bougie tombé par hasard dans le mélange
[40]. Il est caractérisé par : H0 = - 19,2. L'acide fluoroantimonique (HF, SbF5) a une valeur H0 = - 31,3.

Un tel acide est capable de protoner un hydrocarbure avec formation d'un ion carbonium (I) pentacoordiné puis d'un ion carbénium (II).


Basicité et nucléophilie
Une propriété importante d'une
base de Lewis est sa nucléophilie. La nucléophilie d'une espèce est une grandeur permettant la comparaison des vitesses relatives de réactions vis à vis d'un même substrat. Il s'agit donc d'une grandeur cinétique relative permettant de classer les nucléophiles selon la vitesse avec laquelle ils transfèrent leur doublet au substrat. La réaction servant de référence est la suivante.

Le substrat de référence utilisé est dans chaque cas l'iodométhane. Lorsque le nucléophile est le méthanol, la constante de vitesse k de la réaction est égale à la constante de vitesse de référence kr. La vitesse relative vaut donc 1.

Nucléophile

pKa (HX/X-)

log k/kr

Vitesse relative

CH3OH

-3

0

1

F-

3,4

2,7

500

Cl-

-5,7

4,4

2,35´104

Br-

-7,7

5,8

6,0´105

I-

-5,2

7,4

2,6´107

Parmi les bases non nucléophiles permettant de promouvoir des éliminations E2 citons les amines tertiaires : DBN, DBU, DABCO.

Lorsqu'on recherche une plus grande force, on peut faire appel aux amidures.

Certains nucléophiles possèdent plusieurs points d'attaque. Ainsi, l'ion nitrite peut conduire par substitution nucléophile sur un dérivé halogéné à des dérivés nitro ou nitrito.

Théorie HSAB de Pearson
La théorie HSAB acronyme de Hard Soft Acid Base principle (en français : théorie des acides et bases durs et mous) a été introduite par le chimiste américain G. Pearson en 1963. Cet auteur distingue trois catégories d'acides et de bases : les durs (hard), les mous (soft) et une catégorie intermédiaire (borderline). Le principe HSAB cherche à unifier un grand nombre de faits expérimentaux dans un concept fédérateur.

Le principe peut s'énoncer de la façon suivante :

les acides durs ont tendance à s'associer aux bases dures tandis que les acides mous ont tendance à s'associer aux bases molles.

  • Classification des acides

    durs

    intermédiaires

    mous

    H+, Li+, Na+, K+, Mg2+, Al3+, Ce3+, AlCl3, RCO+

    Fe2+, Co2+, Cu2+, Zn2+, Sn2+, R3C+, SO2

    Cu+, Ag+, Au+, Hg2+, Pd2+, Pt2+, Br+, I+
    Br2, I2, carbènes

  • Classification des bases

    dures

    intermédiaires

    molles

    OH-, RO- , F- , Cl-, AcO-, RO-
    H2O, NH3, ROH, R2O, RNH2

    ArNH2, C5H5N, N3-, Br-

    H-, R-, I- , R3P, C6H6, C2H4, CN-, SCN-, R2S, RSH, RS-

Exemple:

Le principe HSAB présent le grand intérêt de permettre la prévision de réactions à partir de données purement qualitatives cependant les notions de dureté et de mollesse peuvent recevoir une interprétation plus quantitative.

La formation du complexe suivant s'interprète par l'interaction entre le composé éthylénique qui est une base molle et Ag+ qui est un acide mou . Le complexe de Zeise entre l'éthène et le Pt (II) se rationalise de la même façon.

L'ion nitrite est un nucléophile ambident. Il possède deux atomes nucléophiles : l'azote et l'oxygène. Sa structure peut être décrite par la méthode de la mésomérie.

Considérons les réactions de substitutions nucléophiles sur un même dérivé halogéné avec l'ion nitrite comme nucléophile. Dans la réaction (1), Na+ (dur), interagit avec l'oxygène (dur). L'ion réagit au niveau de l'atome d'azote (mou) pour donner un composé nitré.

Dans la réaction (2), Ag+ (mou), interagit avec l'azote (mou). L'ion réagit par l'extrémité oxygénée (dure) pour donner un composé nitrité.

Les ion énolate sont des nucléophiles ambidents. L'atome d'oxygène négatif est dur tandis que l'atomede carbone négatif est mou.

La réaction avec l'iodure de méthyle conduit à une C-alkylation (interaction acide mou-base molle).
En revanche,avec le chlorure de triméthylsilyle, on obtient une O-alkylation (interaction acide dur-base dure). Cela permet de piéger les énolates sous forme d'éthers d'énols silylés.

Théorie HSAB et méthode des perturbations
En 1968, Klopman a généralisé et interprété le principe HSAB dans le cadre de la théorie des
orbitales frontières.

Dans ce nouveau cadre, on peut mettre en relation :

  • les interactions sous contrôle orbitalaire correspondent à des interactions entre une base de Lewis et un acide de Lewis pour lesquels la différence d'énergie entre HO et BV est faible. Il s'agit d'intercation entre partenaires mous ;
  • le contrôle de charge implique des acides et bases de Lewis chargés, de petite taille, peu polarisables. Ces espèces recoivent le qualificatif de dures.
Les propriétés suivantes permettent de classer un acide et une base de Lewis dans l'une ou l'autre des catégories.

acides durs

acides mous

  • petit rayon ;
  • charge positive élevée ;
  • pas de paire électronique dans la couche de valence ;
  • faible affinité électronique ;
  • fortement solvaté ;
  • énergie de la BV élevée.

  • rayon élevé ;
  • charge positive faible ou partielle ;
  • présence d'électrons non liants dans la couche de valence ;
  • polarisation et oxydation faciles ;
  • énergie de la BV faible, mais coefficients des AO dans la BV élevés.

bases dures

bases molles

  • petit rayon, électronégativité élevée : 3,0-4,0 ;
  • faiblement polarisable ;
  • difficile à oxyder ;
  • HO d'énergie élevée.

  • grand rayon, électronégativité intermédiaire : 2,5-3,0 ;
  • aisément polarisable et oxydable ;
  • HO d'énergie basse, mais coefficient des AO dans la HO élevés.

Electronégativité et dureté
Considérons un atome d'énergie E comportant N électrons, de charge nucléaire Z. On fait l'hypothèse que E est une fonction continue de N. On envisage une variation dN du nombre d'électrons. En effectuant un développement limité de E en fonction de N, on obtient :


Désignons par I l'énergie d'ionisation et par A l'affinité électronique (opposée de l'énergie de fixation électronique).






En 1961, R. P. Iczkowsky et J. L. Margrave on proposé de définir l'électronégativité par la relation :

on voit que l'électronégativité s'exprime par la relation ci-dessous, équivalente à celle de Mulliken :

La dureté est définie par :
Un calcul simple montre que :

On en déduit une relation entre l'électronégativité et la dureté :

La mollesse S est définie comme l'inverse de la dureté.

molécule

dureté h (eV)

R2O
R2CO
RSH
R2S
RNH2
R2NH
R3N
PhNH2
Py (pyridine)
RCN
R3P
RF
RCl
RBr
RI
16,2
18,8
9,94
9,87
14,7
14,3
14,0
12,1
15,0
15,9
9,42
45,3
10,9
9,54
8,14

Type de contrôle

Définitions
Pour illustrer ces notions nous allons raisonner sur un système particulier. Un réactif A est impliqué dans deux réactions jumelles qui conduisent à des produits notés B et C. On fait l'hypothèse simplificatrice que les réactions directe et inverse sont d'ordre 1. Il s'agit d'étudier l'abondance relative des produits B et C au bout d'une certaine durée de réaction.





Ce système d'équations peut être simplifié dans deux situations extrêmes.

Contrôle cinétique
Au début de la transformation, les concentrations des produits B et C sont beaucoup plus faibles que la concentration de A. Il est possible de faire les approximations suivantes :





Le rapport des concentrations des produits formés au début de la réaction est égal au rapport des constantes de vitesses. Le produit majoritaire est le produit formé le plus rapidement. On dit que la réaction est sous contrôle cinétique. La proportion des produits formés en cours de réaction fait intervenir la valeur relative des enthalpies libres molaires d'activation.


Sous contrôle cinétique, le produit le plus abondant est celui qui se forme le plus rapidement.

Exemples de réactions sous contrôle cinétique :

Contrôle thermodynamique
On s'intéresse désormais à une tranformation renversable dans la fenêtre de durée étudiée, c'est à dire qu'elle peut se dérouler dans le sens direct ou dans le sens inverse. Les vitesses des réactions directe et inverse n'étant pas les mêmes la transformation n'est réellement renversable sur une durée pas trop longue que si ces vitesses sont du même ordre de grandeur.





Le rapport des concentrations des produits formés à la fin dela transformation est égal au rapport des constantes thermodynamiques. On dit que la réaction est sous contrôle thermodynamique. Le produit formé majoritairement à l'état final est le plus stable.

Sous contrôle thermodynamique, le produit le plus abondant est celui qui est le plus stable.

Dans le diagramme d'enthalpie libre le produit majoritaire se caractérise par l'enthalpie libre de réaction de référence la plus basse.

Exemples de réactions sous contrôle thermodynamique :


Le type de contrôle peut changer avec la température. Un exemple est celui de la sulfonation du naphtalène :
  • à basse température, la réaction est cinétiquement contrôlée. Le produit le plus abondant est celui qui se forme le plus vite. C'est le a-sulfonaphtalène ;
  • à température plus élevée, un équilibre entre les produits est possible. Le produit le plus abondant est le plus stable. C'est le b-sulfonaphtalène ;

Bibliographie

Ouvrages expérimentaux

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[2] P. Rendle, M. V. Vokins, P. Davis, Experimental Chemistry (Edward Arnold).
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[4] R. Adams, J. R. Johnson, C. F. Wilcox - Laboratory Experiments in Organic Chemistry (The Macmillan Company, Collier-Macmillan Limited).
[5] G. K. Helmkamp, H. W. Johnson Jr, Selected Experiments in Organic Chemistry (W. H. Freeman and Co).
[6] Vogel's Textbook of Practical Organic Chemistry (Longman).
[7] J. R. Mohrig, D. C Neckers, Laboratory Experiments in Organic Chemistry (D. Van Nostrand Company).
[8] R. Q. Brewster, C. A. Van der Werf, W. E. Mc Ewen, Unitized Experiments in Organic Chemistry (D. Van Nostrand Company).
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Ouvrages théoriques

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[18] P. Atkins - Molecular Quantum Mechanics, Oxford University Press (1983)
[20] V. Minkine - Théorie de la structure moléculaire, Editions Mir (1979)
[21] F. A. Carey, R. S. Sunberg - Advanced Organic Chemistry, Plenum Press 1990
Ian Fleming, Frontier Orbitals and Organic Chemical Reactions, J.Wiley & Sons (1976)
Olah G. A., Prakash G. K. S., Sommer J., Superacids, Wiley Interscience, New York, 1985.

N. T. Ahn - Introduction à la chimie moléculaire, Ellipses 1994.
J. -L. Rivail - Eléments de chimie quantique à l'usage des chimistes, InterEditions du CNRS, 1989.

Articles

Hoffmann, R. An Extended Hückel Theory. I. Hydrocarbons. J. Chem. Phys 1963, 39, 1397-1412 (article original : méthode de Hückel étendue)
Fukui K., Yonezawa T., Shingu H., J. Chem. Phys., 1952, 20, 722 (article original de Fukui)
Hammond, G. S. A Correlation of Reaction Rates. J. Am. Chem. Soc. 1955, 77, 334-338. (exposition des bases du postulat de Hammond)
Leffler, J. E. Parameters for the Description of Transition States., Science, 1952, 117, 340-341.
The use and. misuse of the Hammond Postulate, D. Fârcasiu, J. Chem. Educ., 1975, 52, 76.
J. Dellacherie, J.-F. Foucaut et G. Scacchi, l'Actualité chimique, septembre 1980, p. 35-40. (précisions sur la théorie de l'état de transition notamment à propos des états de référence)
J. Dellacherie, J.-F. Foucaut et G. Scacchi, Bulletin de l'Union des Physiciens, juin 1981, N° 635 p. 1235-1245. (version simplifiée de l'article précédent)
R. G. Pearson, 85, 3533-3543, 1963.(exposition des bases du principe HSAB)
R. G. Pearson, Science, 151, 172-177, 1966. (vulgarisation du concept HSAB)
R. G. Pearson, J. Chem. Ed., 45, 581-587, 1968. (idem)
G. Klopman, J. Am. Chem. Soc., 90, 223-234, 1968. (interprétation du concept HSAB en terme d'orbitales frontières au moyen de la formule de Klopman)
Iczkowsky, R. P ; Margrave, J. L. J. Am. Chem. Soc. 1961, 83, 3547. (une définition de l'électronégativité selon Iczkowsky)
Komorowski, L., J. Chem. Phys., 1987, 114. 55-71. (tableau des duretés d'atomes au sein des molécules)
[40] G. A. Olah, G. K. Surya Prakash, Alain Goeppert, Fluorinated superacidic systems, l'Actualité chimique, octobre-novembre 2006- n° 301-302 (définition et application des milieux superacides)
Robert G. Parr and Ralph G. Pearson (1983). "Absolute hardness: companion parameter to absolute electronegativity". J. Am. Chem. Soc. 105 (26). (définition de la dureté).
J.-P. Foulon, Quelques idées sur la basicité et la nucléophilie, Bulletin de l'Union des Physiciens, novembre 1982, N° 648 p. 143-161.
M. Julia, Intermédiaires réactifs en chimie organique : les carbocations Bulletin de l'Union des Physiciens, mai 1974, N° 648 p. 897-921.
S. Winstein, D. S. Trifan, J. Am. Chem. Soc., 71, 2953 (1949). (travaux sur le cation norbornyle)

Liens

[20] Eléments de chimie quantique
Tableau des pKa des principaux couples acidobasiques (solvant DMSO)
Hyperconjugation by Alan B. Northrup
Gold Book, IUPAC
Equation de Hammett
George A. Olah The Nobel Prize in Chemistry 1994
Hammond Postulate (goldbook, IUPAC)
Orbitales frontières, cycloadditions Cours de L. Grimaud, ENSTA.
Cationic rearrangement
Cours de R. Breinbauer.
HSAB principle
Cours de chimie théorique
Utilisation de la méthode des orbitales frontières
Utilisation de méthodes quantiques semi-empiriques



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Texte, dessins, photographies : Gérard Dupuis - Lycée Faidherbe de LILLE
février 2008